“La communion comme la mission passent par le développement de relations entre les Eglises sœurs”

A l’occasion de la semaine missionnaire mondiale qui se termine demain 18 octobre avec le dimanche des missions, rencontre avec un missionnaire originaire de la Drôme, Pierre Charignon, ancien vicaire général du diocèse de Valence et aujourd’hui en mission au Japon

La semaine missionnaire mondiale permet de s’informer sur la vie des chrétiens dans le monde, de prier pour la mission et de soutenir l’évangélisation dans le monde. Pierre Charignon, ancien vicaire général du diocèse de Valence et ancien directeur de la radio RCF Drôme est en mission au Japon où il est recteur de la communauté francophone de Tokyo depuis 5 ans.

 

En tant que missionnaire, comment percevez-vous cette semaine mondiale ?

Pierre Charignon : Elle permet à chaque communauté catholique de mieux percevoir qu’elle est appelée à être « communion missionnaire ». Communion et Mission se nourrissent mutuellement et se vivent ici et maintenant. Mais la communion comme la mission pour être véritable doit être universelle. Cela passe par le développement de relations entre les Eglises sœurs.

Quelle est la situation de l’Eglise au Japon ?

L’Eglise catholique y est ultra minoritaire. Cela la rend quasi invisible. Elle fonctionne beaucoup en réseau de connaissances. Les Japonais deviennent de plus en plus minoritaires dans les paroisses. Les chrétiens représentent moins d’1% de la population du Japon, moitié protestants, moitié catholiques. La plupart des catholiques sont étrangers : Philippins, Vietnamiens, Coréens ainsi que Péruviens et Brésiliens d’origine japonaise (migrations des années 1920-1930). Un prêtre m’a dit qu’après 50 ans où il s’est passionné pour la culture japonaise avec une bonne maîtrise de la langue, il devait maintenant dire la messe en anglais car il n’y a que des Philippins dans une de ses églises. Et il y a toujours deux clans chez les Japonais, ceux qui sont de vieilles familles chrétiennes et ceux qui reçoivent le baptême adulte, souvent les plus nombreux.

 

Votre mission a-t-elle une particularité au Japon ?

La mission est la même partout, “témoigner de l’Evangile”. Je n’aime pas bien le mot “évangélisation”, ça ressemble à une technique comme « vaporisation » ou « congélation ». En revanche, le verbe « témoigner » est capital. Au Japon il a une grande résonnance puisque les « martyrs » sont des témoins. Ils ont tracé la voie. L’Eglise d’aujourd’hui continue de témoigner, par exemple par ses positions radicales en faveur de la Paix assorties de l’opposition au nucléaire militaire et civil, dans un pays toujours hostile. En effet la société d’hyperconsommation et d’accumulation n’est pas un bon réceptacle pour l’Evangile. D’ailleurs les missionnaires n’ont pas à se préoccuper de créer des écoles, des dispensaires ni de forer des puits ou construire des barrages. Le pays est nanti. Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux qu’à un chameau… L’obstacle qui existait au temps de saint François-Xavier demeure, l’Evangile est, certes, un produit de consommation courante mais il vient de l’étranger.

 

Comment se caractérise la communauté francophone ?

La Communauté catholique francophone du Japon est présente surtout à Tokyo et un peu à Yokohama, 2ème ville du Japon, à 1 heure en train de Tokyo mais aussi dispersée sur tout le territoire. Les personnes éloignées se font connaître pour des demandes précises comme des sacrements, des intentions de messes ou des renseignements divers.

Elle est plutôt diverse avec 15000 Français (12000 sur Tokyo), des Belges, Suisses, Canadiens, Burkinabé, Sénégalais, Ivoiriens, Congolais, Camerounais, Béninois, Togolais, Guinéens, Gabonais. Parmi eux, il y a un nombre important de diplomates, d’expatriés par leurs entreprises, d’étudiants stagiaires en entreprise ou doctorants dans une université partenaire de la leur ou de personnes installées au Japon notamment en raison de leur mariage avec un conjoint nippon. Cette diversité trouve un chemin de communion dans la Communauté catholique francophone du Japon dans laquelle on peut dénombrer, à la Pagnol, un tiers d’expatriés (surtout Européens), un tiers d’Africains (surtout diplomates), un tiers de familles franco-japonaises et un tiers de Japonais (surtout des femmes) très francophiles et un peu francophones.

Avez-vous du monde à la messe ?

350 familles sont inscrites à la lettre d’information qui renvoie souvent au site web très précieux en raison de l’éclatement de la communauté et des temps de transport (ça peut être deux heures de métro et/ou train en restant dans Tokyo intra-muros et ses 23 arrondissements). Hors pandémie, la fréquentation dominicale était en moyenne autour de 100 personnes avec une quinzaine d’enfants et le record était détenu par la messe du jour de Pâques (à Noël, les expatriés sont en Europe ou visitent un pays d’Asie ou d’Océanie) à laquelle participent entre 350 et 500 personnes.

En quoi diffère la mission auprès d’une communauté francophone à l’étranger par rapport à la France ?

La principale caractéristique est le double environnement de la communauté. Il y a l’environnement japonais qui peut être rencontré par cercles concentriques : les Catholiques, les Chrétiens, les Croyants, les autres. Dans ces rencontres sont impliqués tous les francophones. Parfois les cercles concentriques se déforment et, par exemple chez les Frères de Mère Teresa, agissent ensemble pour les sans-abri des Asiatiques, des Américains et des Européens, Catholiques de longue date ou récents ou bien Bouddhistes ou d’autres religions. C’est la même chose au Centre de rétention des sans-papiers.

Le deuxième environnement est franco-français. La communauté catholique francophone du Japon s’efforce d’être « communion missionnaire », au sein de la Communauté française. Cela passe par de bonnes relations avec l’Ambassade qui se concrétisent par la participation à la commission sociale consulaire, aux cérémonies du 11 novembre (à Tokyo et au Cimetière des Étrangers de Yokohama où je prends la parole), aux visites des personnes françaises emprisonnées ou en garde-à-vue. Ces relations permettent d’inviter officiellement l’ambassadeur aux célébrations franco-allemandes. Il y a aussi des rencontres avec les autres associations référencées par l’ambassade, la participation à certaines de leurs activités, l’entraide matérielle et, surtout, la collaboration au sein de l’OLES (Organisme local d’entraide et de soutien) qui vole au secours des ressortissants français, résidents ou touristes, qui sont tombés dans la panade. Le secours peut être financier mais il est surtout juridique et moral.