Une veillée commune avec la communauté arménienne

Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, a présidé une veillée à l’église apostolique arménienne Saint-Sahag de Valence en soutien au peuple arménien victime des attaques de l’Azerbaïdjan dans la région du Haut Karabagh.

L’évêque de valence et les catholiques soutiennent la communauté arménienne valentinoise et drômoise . « Chers amis arméniens, je viens vous assurer du soutien de tous les catholiques drômois en ce temps de violence dans votre pays. Nous souffrons avec vous et tout particulièrement avec les victimes des bombardements. Nous espérons avec vous que cette attaque injuste prendra fin au plus tôt. Que votre désir de vivre en paix ne soit pas déçu ! Soyez sûrs de notre prière et de notre amitié fraternelle », assure Pierre-Yves Michel.

Lors d’un rassemblement œcuménique dans l’église Saint Sahag à Valence, le représentant de l’Eglise Catholique en Drôme a renouvelé son attention aux fidèles arméniens et à son représentant le père Antranik.

Retrouvez son message ici :

 

Quand nous apprenons que nos proches, nos amis, nos frères sont dans l’épreuve, nous cherchons comment leur manifester notre soutien. Messages, sms, coups de téléphone, présence physique, visites… Tout cela est important. Pour nous chrétiens, nous y ajoutons la prière, ce cri vers Dieu, non pour lui faire connaître nos besoins – il les connaît ! – mais pour que « ces demandes demeurent connues de nous auprès de Dieu, par la patience, et non auprès des hommes, par l’indiscrétion », comme dit Saint Augustin dans sa lettre à Proba sur la prière. En effet, le grand risque, c’est de nous émouvoir un moment, puis de passer à autre chose, parce qu’hélas, d’autres sujets brûlants arrivent et sollicitent notre prière. Je pense bien sûr à ce drame terrible qu’est l’assassinat sauvage de ce professeur en région parisienne, intention qui ne peut pas ne pas être présente ce soir dans nos cœurs.

Nous prions pour ceux qui souffrent aujourd’hui en Arménie, mais aussi ici à Valence et dans la Drôme où nombreux sont ceux qui ont vécu ou grandi dans cette région de l’Artsakh. Certains y ont encore des proches, familles ou amis, dont quelques d’entre eux sont au combat pour sauver cette dernière terre chrétienne avant le monde musulman. Nous prions parce que nous ne voulons pas nous résigner, parce que nous ne voulons pas oublier, parce que nous nous présentons en même temps tous les appels des hommes, qui aspirent à la paix, à la justice, à la vie fraternelle dans le respect mutuel.

Nous sommes ici tous à Valence fortement liés au peuple arménien et à ses terres du sud Caucase, à plus de 300km d’ici, quelle que soit notre confession. Nous avons ici la rue d’Arménie, un centre du patrimoine arménien unique en France, des journées de l’Artsakh en Drôme organisées en 2017, un jumelage avec Idjevan et 10% de la population locale qui a des origines arméniennes. La création de l’école arménienne est une belle aventure, à laquelle le diocèse de Valence, par le biais de son enseignement catholique, est heureux de contribuer.

L’agression de l’Azerbaidjan dans l’Artsakh ravive les douleurs récentes, causées par la guerre entre arméniens et azéris de 1992 à 1995 dans ce même territoire du Haut Karabakh, mais aussi plus anciennes, celles du génocide de 1915. Nous dénonçons ces combats cautionnés et soutenus par la Turquie qui s’est dernièrement tristement illustrée en transformant la basilique Saint Sophie en mosquée. Nous soutenons aussi les élus d’ici menacés pour leurs liens et leur fraternité avec l’Arménie et pour les engagements d’amitié ou de coopération qu’ils ont signé avec l’Artsakh. Nous déplorons malheureusement de nombreuses victimes arméniennes. Certaines très jeunes, au combat ou civils. La guerre est là. Or « toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal » écrit le Pape François dans son encyclique sur la fraternité qui vient de paraître. (N° 261)

La prière nous fait entrer plus profondément encore dans la compassion, en allumant en nous l’espérance. Cela n’est possible que par un acte de foi dans le Christ qui se livre par amour, pour nous arracher au mal, au péché, à la mort définitive. En annonçant sa Pâque, Jésus parle de sa « glorification » et il explique : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Oui, le grain de blé doit tomber et mourir avant de devenir une nouvelle plante. Pour en arriver là, ce grain est planté dans la terre, dans la boue, il est enterré, avant de germer au printemps, de grandir et de donner de nombreux autres grains. Jésus passe par un chemin de rejet, de souffrance et de mort : il le fait dans la liberté de l’amour qui va jusqu’au bout. La réponse de Dieu notre Père est la résurrection, la vie en abondance qui nous est communiquée. L’Esprit Saint, par lequel le Père a ressuscité son Fils d’entre les morts, est à l’œuvre aujourd’hui et peut seul nous ouvrir à une véritable espérance, cette certitude que la violence n’aura pas le dernier mot et que les hommes, tous créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, pourront bâtir la paix et vivre en frères.

Dans la lettre encyclique sur la fraternité du Pape François, nous lisons ceci : « Il y a une « architecture de la paix » où interviennent les diverses institutions de la société, chacune selon sa compétence, mais il y a aussi un artisanat de la paix » qui nous concerne tous. » (N° 231) Et pour souligner que les religions ont pour vocation d’être au service de la fraternité dans le monde, il ajoute que, « comme croyants, nous pensons que sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables à l’appel à la fraternité. » (N° 272)

Dans le livre de Jérémie, le Seigneur nous dit: « Je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit le Seigneur, des projets de bonheur et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance. » (Jérémie 29, 11). Dieu travaille toujours pour tirer le bien de ce qui est difficile ou douloureux dans votre vie. Demandons-lui de le laisser travailler sans entrave en nous. Nous avons tous aujourd’hui l’Arménie et l’Artsakh dans le cœur.

+Pierre-Yves Michel