À l’abbaye Notre-Dame d’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, la rencontre islamo-chrétienne continue de faire vivre l’esprit de fraternité porté par les moines de Tibhirine. Le samedi 30 mai, de 9h à 17h, la 27e édition de cette journée organisée pour le diocèse de la Drôme réunira chrétiens et musulmans autour du thème : « Rencontre, fraternité et service : l’héritage de Tibhirine ».
Invité de RCF Drôme, Guy Leydier, diacre et délégué diocésain pour le dialogue interreligieux, a présenté le sens de cette journée devenue au fil des années un rendez-vous important du dialogue entre croyants. Il nous partage son analyse. 
« Faire vivre concrètement la fraternité »
Chaque année, entre 100 et 130 participants se retrouvent à Aiguebelle pour un temps de conférences, d’échanges et de rencontres fraternelles. « Notre volonté, explique Guy Leydier, est de montrer que l’héritage de Tibhirine est toujours vivant : la rencontre, la fraternité, le service et la prière peuvent encore nourrir notre société aujourd’hui. »
Cette année, deux intervenants viendront partager leur expérience :
- Mustapha Laqli, qui évoquera son vécu de musulman en France ;
- Bernard Bousillon, qui a vécu plus de vingt ans en Algérie et témoignera de sa vie de chrétien dans un pays musulman.
L’objectif n’est pas seulement d’écouter des conférences, mais de permettre une véritable rencontre entre personnes de traditions différentes.
« Aller vers l’autre est une richesse », insiste Guy Leydier. « Un autre croyant peut m’interroger, me pousser dans mes propres fondamentaux et m’aider à approfondir ma foi. »
Une rencontre marquée par l’héritage de Tibhirine
Le thème choisi cette année fait directement écho au trentième anniversaire de l’assassinat des moines de Tibhirine, en Algérie, en 1996.
Dans un contexte de guerre civile particulièrement meurtrière — les “années noires” algériennes — sept moines trappistes du monastère de Tibhirine avaient été enlevés puis assassinés par un groupe islamiste armé. Dix-neuf religieux catholiques seront tués en Algérie durant cette période.
Le lien avec Aiguebelle est profond : le monastère de Tibhirine avait été fondé par les moines d’Aiguebelle. Deux des moines assassinés avaient également des attaches drômoises : le frère Christophe Lebreton et le père Luc Dochier, originaire du Bourg-de-Péage.
Pour Guy Leydier, le témoignage des moines reste aujourd’hui d’une grande actualité : « Ils vivaient une véritable relation d’amitié, de voisinage et de service avec leurs voisins musulmans. Frère Luc soignait gratuitement tous ceux qui frappaient à la porte du monastère. »
« Les religions doivent être actrices de paix »
Dans un contexte où les tensions identitaires peuvent parfois fragiliser le dialogue, Guy Leydier souligne l’importance de continuer à créer des espaces de rencontre.
Il évoque notamment le texte sur la fraternité humaine signé en 2019 à Abou Dhabi par le pape Pope Francis et le grand imam d’Al-Azhar : « Ce document affirme clairement qu’on ne peut pas tuer au nom de Dieu. C’est un appel très fort pour que les religions soient des actrices de paix. »
La journée du 30 mai veut ainsi témoigner qu’au-delà des différences religieuses, la rencontre demeure possible — et nécessaire.
« On peut lire beaucoup de livres sur l’islam, conclut-il, mais rencontrer des musulmans et apprendre à mieux les comprendre est infiniment plus riche. »