Édito de Mgr Michel : Le chemin de la beauté

Dans le magnifique film Jean Vanier, le sacrement de la tendresse, les moments de fête, de danse, de musique sont nombreux. Entraînés dans l’allégresse d’une farandole, d’un flash mob ou d’un goûter festif, les corps sont transfigurés. Pas étonnant que Jean Vanier ait consacré un livre à la « Communauté, lieu du pardon et de la fête ». Grâce à un regard renouvelé, purifié par l’amour, la véritable beauté surgit. Les portraits en gros plan de ce film nous ouvrent à la joie de la fraternité et à l’action de grâce.

Dans l’encyclique Laudato Si’, sur la sauvegarde de la maison commune, le pape François attire l’attention sur l’éducation à la beauté comme enjeu pour l’écologie intégrale : « Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule. » (Laudato Si’ n° 215). À la manière de saint François, il nous invite à faire de la place dans nos vies à la gratitude et à la gratuité pour reconnaître le monde comme don reçu de l’amour du Père. Dans nos vies pressées et bousculées, cela apporte un vrai souffle de liberté.

Dans les deux dernières visites pastorales, j’ai pu toucher du doigt la place de la culture et de l’art dans la ville de Valence. Au Conservatoire de musique, enfants, jeunes et adultes déploient leur créativité. Les scènes du Théâtre de la Ville et de la Comédie offrent des spectacles variés, qui peuvent être surprenants, mais invitent à la réflexion sur le sens de la vie. Et notre diocèse n’est pas en reste avec le programme des concerts d’orgue, grâce à notre diacre organiste titulaire des orgues de la cathédrale Saint-Apollinaire. Je pense aussi à toute l’énergie déployée pour que le chant liturgique soit de qualité dans les célébrations, avec les rendez-vous des « mordus du chant liturgique ». De la découverte du chant grégorien jusqu’à des formes nouvelles d’expression musicale, il est bon que nous puissions exprimer notre louange et notre prière d’un cœur dilaté.

Dans ce souci d’ouvrir à la gratuité et à la beauté, j’ai demandé à Dominique Joubert de proposer pour les mercredis de carême des méditations où alterneront pièces d’orgue et textes lus. En ce mois d’avril où nous allons célébrer Pâques, reprenons conscience que le soin apporté à la préparation de la liturgie n’est pas de l’esthétisme. Bien au contraire, l’évangélisation passe par le chemin de la beauté. Cela se sent tout de suite quand nos célébrations sont à la fois authentiquement mystiques et incarnées. « Le Fils fait homme, révélation de la beauté infinie, est extrêmement aimable, et il nous attire à lui par des liens d’amour. » (La joie de l’Évangile, n° 167).