Édito de Mgr Michel : « Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous »

Cette année 2019, le pèlerinage à Lourdes du diocèse de Valence se revêt de mille couleurs. D’abord en raison de la grande diversité des participants : pèlerins malades et valides, hospitaliers, collégiens, grands jeunes à vélo, familles, et un bon nombre de prêtres, dont nos deux nouveaux frères : Josselyn et Florian. Beau portrait de famille diocésaine, comme un kaléidoscope fraternel !

Et aussi grâce au thème pastoral du sanctuaire qui n’est autre que la première béatitude que nous rapporte l’évangéliste saint Luc : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ! » (Luc 6, 20) ; et que nous sommes appelés à vivre chacun à notre façon, dans la grande variété de nos appels et de nos situations.

Les béatitudes sont comme l’autoportrait de Jésus : « elles dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité… » (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1717). Jésus nous a montré de quelle façon il est pauvre : « Les renards ont des terriers, et les oiseaux des nids, mais le Fils de l’homme n’a même pas une pierre où reposer la tête. » (Matthieu 8, 20). Plus Jésus sera dépouillé de toute sécurité et même rejeté, jusque sur la croix, plus il manifeste cette pauvreté qui laisse jaillir son cri d’amour pour tous les hommes. Cette première béatitude nous invite à ouvrir notre cœur, à entrer dans la confiance, à nous abandonner à la volonté de Dieu en même temps qu’à vivre la sobriété dans nos modes de vie et de consommation. La béatitude de la pauvreté serait-elle la grande porte d’entrée pour tout l’Évangile ? Et les autres béatitudes nous aident à trouver cette porte !

La meilleure école pour découvrir les béatitudes, ce sont les saints qui ont inauguré dans leur vie la pratique des béatitudes. C’est pourquoi nous sommes si heureux de rendre visite à sainte Bernadette au bord du Gave. Bernadette a connu personnellement ou indirectement toutes sortes de pauvretés physique, matérielle, intellectuelle, sociale… Elle nous aide à ne pas confondre la misère subie qui déshumanise et qui n’est « pas intéressante » (comme dit Madeleine Delbrêl) avec la pauvreté qui nous ouvre au Royaume des cieux : passage avec Jésus de la mort à la vie, ouverture de nos cœurs aux frères et sœurs, partage de nos richesses.

Joie de voir que les petites fraternités créées avant et pendant le voyage de l’espérance à Assise au mois de septembre avec le Secours Catholique poursuivent leur route et rayonnent. Joie de rencontrer lors des visites pastorales des familles de réfugiés qui s’insèrent peu à peu dans les villages ou les quartiers. Joie de préparer le démarrage de l’association Lazare à Valence, avec plusieurs jeunes professionnels qui ont répondu présent à l’appel pour vivre l’an prochain en colocation avec des hommes en précarité. Joie de chercher des chemins pour que les personnes fragiles – à l’Arche, dans les paroisses, dans les maisons de retraite, avec la pastorale des personnes handicapées… – apportent leur grain de sel dans la marche missionnaire de l’Église.

Petit challenge que nous pourrions vivre ensemble ? Apprenons par cœur les béatitudes (version de Saint Matthieu, que nous entendons à la Toussaint) pour nous exercer les mettre en pratique.

Laissons-nous revêtir au cours de ce pèlerinage, et même tout au long de cet été, de ces mille couleurs de tendresse, de miséricorde, de joie que le Seigneur veut offrir à tous les pauvres que nous sommes !

Pierre-Yves Michel, évêque de Valence