Dominique joubert, « porter la beauté au plus proche des petits »

Diacre du diocèse de Valence et organiste titulaire de la Cathédrale, Dominique Joubert porte profondément en lui le souci de faire le pont entre l’Église et la Culture. L’Oratorio L’Enfant au cœur de colombe – Annonciation qu’il a créé ces dernières années et qui sera joué pour la première fois à la Cathédrale Saint-Apollinaire de Valence, le dimanche 6 octobre 2019, à 17 h, l’illustre bien.

 « En ces temps troublés, j’avais la volonté de remettre au cœur des gens du monde de la Culture cette méditation sur le don de la vie. » 

À l’occasion de la représentation de cette création du XXIe siècle exceptionnelle, nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir Dominique Joubert, un homme entier et un artiste accompli, qui met son talent musical au service du Christ.

À l’occasion d’une messe à la Cathédrale, ou lors d’un concert, vous avez déjà certainement entendu ses doigts et ses pieds courir avec dextérité sur les claviers et le pédalier de l’orgue. Souvent dans l’ombre de son instrument, si l’on voit peu l’homme, il est difficile ne pas être touché par son talent lorsqu’il fait résonner les trompettes de l’orgue ! Et lorsqu’on le rencontre, on constate sans surprise combien l’artiste qui se livre à l’orgue est le reflet de l’homme sensible, généreux, souriant et plein de vie qu’est Dominique.

Une formation musicale au gré des rencontres

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Séduit par la musique liturgique alors qu’il est tout jeune enfant de chœur, il débutera la musique à l’âge de 12 ans, avec l’organiste de l’église de son village, Mademoiselle Audebert, qui, après lui avoir transmis les bases du piano, le poussera fortement à entrer en classe aménagée au conservatoire de Tours. C’est là qu’il débutera à l’orgue.
Sa formation musicale ne fait que commencer, mais elle ne sera pas linéaire. 
En effet, toute sa carrière musicale semble jalonnée de rencontres imprévues, surprenantes et parfois décisives.
À 16 ans, Dominique perd son papa, la poursuite de ses études musicales est alors mise en péril par des questions financières. Grâce à son oncle, il rencontre Pierre Cochereau (décédé en 1984), organiste titulaire de Notre-Dame Paris, qui lui permet de poursuivre sa formation au Conservatoire de Nice, qu’il dirige alors.
Pierre Cochereau lui transmet également sa passion pour l’Improvisation, si chère à Dominique : « Improviser, c’est toujours tirer du fond de soi-même ce qu’il y a de meilleur, ce qui suppose une technique qui traduit un véritable art. C’est donc laisser fleurir et s’épanouir ce que l’organiste porte au plus profond de lui. » Quelques années plus tard, Dominique sort diplômé du Conservatoire de Nice, avec une médaille d’or remise à l’unanimité du jury. L’année qui suit, sa carrière démarre brillamment, puisqu’il reçoit la médaille d’or du Grand Prix de la Ville de Nice en 1979.

Mettre son talent au service des « plus petits » et de sa foi

Jeune diplômé, Dominique Joubert choisit alors de se consacrer à l’enseignement et s’installe à Grenoble, où il réside toujours.

Professeur d’éducation musicale en collège, Dominique allie durant de nombreuses années deux de ses passions : la musique et l’éducation. 

« Tout au long de ces années d’enseignement en collège, j’ai été animé par la volonté de porter la beauté aux plus petits. »,

évoque-t-il non sans émotion, le regard vif et animé. Il enseigne également l’orgue au Conservatoire de Valence.
Il mène de concert sa carrière s’enseignant et de concertiste.
Cette dernière l’amène à beaucoup voyager pour donner des concerts ou accompagner des solistes ou ensembles de réputation internationale.
Organiste titulaire de la Cathédrale de Valence depuis 27 ans, Dominique Joubert est heureux de pouvoir mettre son talent au service de sa foi. C’est aussi à Valence que Dominique est ordonné diacre permanent en 2005, dont l’une de ses missions est de mettre sa fonction d’organiste de la cathédrale de Valence au service de la Parole, de la charité et de la liturgie.

« Art et foi sont indissociables. Les deux ne font qu’un. C’est au nom de Dieu, au nom de ma foi, en tant que témoin que je joue. C’est pour cela que l’orgue m’a appelé au début, cela fait 60 ans que je suis tombé dedans. »

, explique-t-il dans un large sourire.

Dans l’action de grâce permanente

Âgé de 65 ans, Dominique Joubert semble habité par une jeunesse mystérieuse. Sans doute tient-il son secret de jouvence dans son énergie sans faille et dans sa foi inébranlable : 

« J’ai toujours des projets, toujours tournés vers la lumière et l’expérience de Dieu dans le silence.»

, dit-il avec profondeur et sérieux, avant de compléter dans un grand éclat de rire : 

« J’espère que je vais avoir encore une longue vie car j’ai encore plein de choses à faire ! » 

Nul doute que ses trois garçons et son épouse Anne, avec qui il est, dit-il, « très complémentaire », sont également des piliers fondamentaux de sa force de vie ! Et toujours dans la joie ! 

Dominique se définit comme un « bon vivant » et aime partager ce qui est beau et bon avec ceux qui croisent son chemin, que ce soit à travers la liturgie, l’art, la cuisine, le bon vin… toujours avec cette égale générosité qui le définit si bien. 

« Je suis dans l’action de grâce permanente, pour toute la vie, dans la prière et dans les larmes. »

, témoigne-t-il. Si l’on devait résumer l’homme et l’artiste, ce serait sans aucun doute par l’amour qu’il porte à la Vie et le don de lui-même, notamment à travers son art. Ainsi que par son sens précieux de l’écoute, qui se reflète tant dans ses compositions, que dans ses improvisations et dans les échanges que l’on a avec lui.

Il est indéniable que l’homme, que ce soit au service de son art ou de son prochain, attache une grande importance à la rencontre, aux relations humaines, avec passion et délicatesse.

Composer pour partager la richesse de l’Église à travers le temps

Dominique Joubert est également un compositeur avéré, animé par son amour de l’Église à travers le temps et à l’écoute des réalités de son temps. C’est ainsi qu’il a écrit par exemple son oratorio Passion-Résurrection en 2008, un Te Deum ou encore Les Sept Dormants sur le destin tragique des moines de Thibbirine. 

Le 6 octobre prochain, à 17 h, le diocèse de Valence a la chance de voir se jouer sa dernière création : l’Oratorio L’Enfant au cœur de colombe – Annonciation

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Dominique a créé cette œuvre après avoir frôlé la mort, suite à une opération. 

« C’est une sorte d’ex voto pour moi. Tout au long de ma maladie (cancer), ma meilleure amie qui était polonaise, décédée depuis, m’a confié à la Vierge de Chestochowa. Lorsque j’ai frôlé la mort, la dernière image dont j’ai conscience est Marie m’ouvrant les bras. Après mon rétablissement, j’ai voulu lui rendre grâce. Et cela a pris forme avec cet Oratorio sur l’Annonciation, qui associe également un hommage à Arcabas, pour son œuvre L’Annonciation. », 

explique Dominique. Cet Oratorio se compose de trois parties : le prologue, le récit et la célébration. Dominique l’a bâti à partir de textes de saint Sophrone, de Maria Valtorta et de sainte Hildegarde de Bingen, avec la volonté de permettre à ceux qui le désirent de se remettre en face, avec simplicité, du mystère de l’Incarnation. Il tient son titre d’un texte de saint Sophrone qui ouvre la pièce : 

« Voici la parfaite Enfant, au cœur de colombe, simple et pur. »

Dominique introduit son œuvre ainsi :

 « Je voulais apporter quelque chose par la musique sur ce beau mystère, avec poésie, douceur et sans dogmatisme, particulièrement en ces temps troublés. »

, avant d’ajouter avec malice : 

« En écrivant cet oratorio, on est déjà dans le mystère de la Création ». 

Tout en pudeur, Dominique raconte le long temps de création qu’a nécessité le début de cette œuvre, et combien le décès de sa meilleure amie a été déclencheur d’un travail d’écriture intensif qui lui a permis de terminer l’Oratorio, qui fait pas moins de 150 pages, en six mois à peine. Là encore, on sent combien la rencontre a été importante pour Dominique dans cette création, que ce soit ses rencontres avec Arcabas, dont il a voulu mettre en son le tableau L’Annonciation, son lien avec sa meilleure amie à qui il a dédicacé son Oratorio ou encore ses amis du Conservatoire de Valence qui joueront l’Oratorio le 6 octobre prochain

Cette représentation, première et unique à Valence, donnée à l’occasion de la fête de saint Apollinaire, saint patron de notre diocèse, est une belle occasion de méditer le mystère de l’Incarnation, grâce au talent musical de Dominique Joubert.

« Chère Église Catholique, Je te dois de m’avoir transmis la foi, Ouvert les yeux sur le patrimoine et la beauté, Les oreilles et le cœur sur ta musique issue du fond des âges. J’ai appris à chanter avec toi. Grâce à toi je suis devenu organiste, puis tu m’as appelé au diaconat permanent. Reste fidèle à toi-même et à ce que tu nous as enseigné sur la beauté ; Reste-nous fidèle, nous, tes serviteurs. Je suis de ceux qui ne veulent pas être un fossoyeur de ce trésor inestimable que tu nous as légué. » 

Dominique Joubert, de son CD Improvisations, 2016