Quand l’écologie intégrale s’invite au coeur du confinement… Pour le monde d’après

Ce texte relate le partage sur le vécu des membres de l’Observatoire Diocésain des Réalités Écologiques (ODRE) durant la crise et le confinement de mars –avril 2020 tout en prenant à la volée l’invitation du pape François à entrer en une année Laudato Si’ dédiée à l’écologie intégrale.

Ce texte relate le partage sur le vécu des membres de l’Observatoire Diocésain des Réalités Écologiques (ODRE) durant la crise et le confinement de mars –avril 2020 tout en prenant à la volée l’invitation du pape François à entrer en une année Laudato Si’ dédiée à l’écologie intégrale. Il s’appuie sur nos expériences personnelles, vécues en nos lieux propres. Sont ressortis quelques points forts dont nous avions envie de garder trace. Mgr Lafont (ancien accompagnateur des aumôniers de prison) suite à sa participation au synode de l’Amazonie nous invite à être une Église exemplaire et solidaire. Ces deux termes résument bien l’essentiel de la mission chrétienne : engager et encourager la conversion écologique, développer la solidarité, les liens avec les plus petits… Ces deux aspects sont ressortis fortement dans notre relecture incluant une réflexion sur le sens de l’Eucharistie !

1. Une invitation pontificale
À l’occasion de l’anniversaire de 5 ans de Laudato Si’, le pape François appelle l’église à vivre une année dédiée à Laudato Si’ et à l’écologie intégrale. Le message du dicastère pour le service du développement intégral de la personne humaine donne l’esprit du projet : « Nous espérons que cette année et la décennie à venir pourront véritablement constituer un temps de grâce, une expérience de vrai Kairos et un temps de « Jubilé » pour la Terre, pour l’humanité et pour toutes les créatures de Dieu ». Que cette initiative coïncide avec la crise sanitaire du Covid 19 paraît particulièrement providentiel et converge avec les conclusions de notre Observatoire Diocésain des Réalités Écologiques : « le fait que le cinquième anniversaire de l’encyclique coïncide avec un autre moment critique, une pandémie mondiale, représente un tournant et rend le message de Laudato Si’ aussi prophétique aujourd’hui qu’il l’était en 2015 ». Fort de cette conviction l’ODRE a tenu à faire le point sur l’expérience de la crise sanitaire du point de vue de l’écologie intégrale.

2. Le confinement ou les prémisses d’une société fondée sur l’écologie intégrale
L’écologie intégrale demande de faire droit à la complexité des situations en mettant en lien la manière dont les différents problèmes rencontrés sont connectés entre eux. Ce temps de crise a en effet montré avec grande clarté la connexion et l’interdépendance des questions sociales et de protection de la planète. Il ressort de la réflexion les points suivants :

a. Quelques constats
Ce temps de crise marqué par le confinement a donné à entrevoir ce que pourrait être un passage vers une société renouvelée du fait d’un temps de pause de l’activité de production-consommation : moins de pollution, moins de destruction d’écosystèmes retour des animaux dans des zones auparavant abandonnées à cause de l’intensité de l’activité humaine. Il est apparu très clairement qu’un tel passage vers de nouveaux modes de vie implique un temps d’arrêt vécu presque comme un temps de retraite pour se recentrer sur l’essentiel de ce qui fait notre humanité et notre façon d’habiter le monde. Cet essentiel ne se situe manifestement pas dans les idoles de ce monde, la croissance, le PIB, les banques, le bonheur par la consommation de biens matériels et de services, qui ont montré leur incapacité à résoudre la crise comme à satisfaire les aspirations humaines. Le résultat est là :
La réaction de notre système de gouvernance a pu s’apparenter à une « dictature sanitaire », qui a suscité des résistances face aux mesures imposées… le sentiment de liberté a en effet été vécu de manière très contrastée entre ceux pour qui le confinement signifiait réduction du champ d’action liée à une drastique réduction géographique ; et ceux pour qui il a signifié un désengorgement bienfaisant de l’emploi du temps, libérant la créativité et l’intériorité. La situation a mis en évidence une réalité d’inégalités aux formes inattendues. En effet de nouvelles pauvretés sont apparues. Pour certains, comme pour une part des acteurs du secteur primaire il a fallu s’arrêter de produire faute de demande (la pêche), d’autres au contraire ont dû faire face à une forte demande impossible à satisfaire, comme pour les œufs issus de l’agriculture biologique. Les plus pauvres ont certainement été les plus isolés… pour mieux les protéger, à savoir les personnes âgées, en particulier en EHPAD… L’importance des services de santé a été propulsé au-devant de la scène médiatique révélant leur services essentiels à la société ainsi qu’un dévouement à cette occasion pleinement reconnu. Le pouvoir d’achat de certaines catégories socio-professionnelles s’est vu menacé de manière angoissante quand l’activité des professions libérales s’est quant à elle vue stoppée du jour au lendemain alors que les salariés se sont vus compensés par des mesures sociales adaptées. Des acteurs reconnus ont mené des opérations courageuses et déterminantes, des collectifs nouveaux sont apparus qui fédéraient les bonnes volontés, les initiatives personnelles sont légion. Le consommateur tout puissant s’est montré sous le jour d’une nouvelle fragilité encore insoupçonnée et source d’inquiétude.

b. Mais au cœur de l’épreuve, qu’est-ce qui caractérise cet essentiel retrouvé ?
Tout d’abord l’importance du corps, notre fragilité et notre vulnérabilité : nous avons redécouvert la mission – belle mais souvent rude – des soignants, vis-à-vis desquels la gratitude devra déboucher sur une reconnaissance plus concrète. Il y a quelque chose à interroger sur le rapport santé – salut.
Ensuite, la famille sous l’angle de l’éducation : l’école à la maison permet de reprendre conscience que la famille est le premier lieu de l’éducation. Mais elle est aussi le premier lieu de la vie chrétienne, et nombreux sont ceux qui ont retrouvé le sens de l’église domestique, au fondement des premières communautés chrétiennes. Le confinement a aussi permis la mise en œuvre de nouvelles solidarités valorisant la place de la proximité. En effet, le confinement a été l’occasion de liens nouveaux dans les quartiers valorisant le souci de l’autre et des plus pauvres. Proximité des liens et relocalisation de l’économie sont intimement liés car ceux sont les deux facettes de ce que la mondialisation des relations avait détruit et dont la crise sanitaire est le signe profond. Les chrétiens ne seraient-ils en passe de proposer un laboratoire d’un nouvel art de vivre ? Si, comme le dit le pape dans Evangelii Gaudium et Laudato Si’, « le temps est supérieur à l’espace », le ralentissement bienfaisant de rythme a permis de prendre conscience des bienfaits d’une vie plus posée, en tout cas pour certains, et cela est vrai pour la planète qui a certainement bien vécu la baisse de pression de prélèvement de ses ressources et du déversement des déchets, même si l’on commence à trouver des masques sur les plages et des excédents de plastiques rejetés…

c. L’étonnante créativité ecclésiale, modèle pour la société
Mais le retour aux source de l’Église domestique s’est accompagné d’un accueil de ce que la modernité apporte de bon pour garder, régénérer et susciter d’autres formes de liens via l’internet et les outils numériques faisant appel à l’intelligence artificielle. Cela a même donné lieu à une créativité ecclésiale inédite caractérisée non-seulement par la sauvegarde du lien mais aussi par une parole ouverte à tous ainsi qu’une floraison de propositions spirituelles et culturelles étonnante et bienfaisante notamment au moment de la semaine sainte. Le fait de vivre cela à la maison a permis de retrouver un certain sens de l’intériorité, tout en instaurant un nouveau rapport à l’eucharistie. En effet nombreux sont ceux qui ont vécu le manque de la communion au pain et au vin consacrés corps et sang du Seigneur, mais ils ont également pu aussi vivre la joie du lien à la communauté malgré la distance, avec la possibilité de se sentir membre de la communauté via une interface numérique tout en creusant le désir – et le sens du désir – de communion. Cela permet de penser un modèle d’Église déconfinée malgré le confinement.
Il est possible qu’à travers ces expériences des modèles de mode de vie soient à puiser non-seulement pour l’Église de demain, mais aussi pour le monde d’après le confinement dans ce que l’Église peut apporter, par son souci du respect de la création et par sa contribution sociale à la poursuite du Bien commun selon l’esprit du récent livre collectif L’écologie intégrale au cœur des monastère (Paris, Parole et Silence, 2019).

3. Vers une société déconfinée mais intégralement écologique avec l’année Laudato Si’
C’est pourquoi l’ODRE accueille l’initiative pontificale avec joie et encourage le diocèse à vivre pleinement les orientations de cette année Laudato Si’ car : « L’encyclique nous offre en effet une boussole morale et spirituelle pour nous guider sur ce chemin commun, visant à créer un monde plus intéressé, plus fraternel, plus pacifique et plus durable ». Par cette année spéciale nous est donnée « une occasion unique de transformer la lamentation et le tourment actuels en la naissance d’une nouvelle façon de vivre ». À cet effet et pour « imaginer un monde post-pandémique, nous devons tout d’abord adopter une approche intégrale, « car tout est intimement lié et les problèmes actuels exigent un regard qui prenne en compte tous les aspects de la crise mondiale » (LS, 137) ».