PMA et délai d’avortement : “Je m’inquiète de cet aveuglement devant le bon sens”

Alors que le projet de loi bioéthique doit bientôt revenir en deuxième lecture au Sénat et que des manifestations s’organisent contre la « PMA sans pères », Monseigneur Pierre-Yves Michel dénonce la mesure de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules ou aux couples de femmes et sur le récent vote par l’Assemblée Nationale de l’allongement du délai d’avortement de 12 à 14 semaines.

 

Avec d’autres évêques, il avait lancé des premières alertes et un appel à la prise de conscience, à l’occasion du débat sur la loi de bioéthique à l’Assemblée Nationale, il y a plusieurs mois. L’évêque de Valence renouvelle aujourd’hui son inquiétude au sujet de la filiation et de la naissance, et de deux mesures actuellement entre les mains des parlementaires.

D’abord, celle qui vient d’être adoptée par les députés, qui allonge de 12 à 14 semaine le délai d’avortement pour les femmes. « On réduit la filiation à un simple acte de la volonté de ceux ou de celles qui prétendent devenir parents. Un enfant n’est plus accueilli, il est désiré, produit et choisi. Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle n’a rien de mieux à proposer aux mères en détresse que l’élimination de l’enfant qu’elles portent ? Nous sommes opposés aux dispositions annoncées. Notre société ne doit pas se laisser entraîner subrepticement dans une voie dangereuse pour l’avenir de l’humanité ».

Au sujet de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules ou aux couples de femmes, prochainement débattu en deuxième lecture au Sénat, Monseigneur Michel renouvelle son inquiétude : « Je m’inquiète de cet aveuglement devant le bon sens. Le corps n’est pas un matériau que l’on peut manipuler comme ça n’importe comment. Il y a des liens fondamentaux dans l’histoire humaine que l’on ne peut pas configurer comme un jeu de construction. J’en appelle à un sursaut de conscience et de sagesse. Ce virage est dangereux et remet en cause la beauté de l’union conjugale, et les enfants que nous accueillons comme un don. La science et à la technique sont pour mieux comprendre et soigner l’homme et non pour une procréation artificielle ». 

« C’est un projet inquiétant, on fonce dans un gigantesque marché de la procréation. On a l’impression que d’un progrès on n’en regarde pas sa dimension humaine. Certes la recherche médicale et scientifique sont belles et nécessaires, cela ne fait pas problème avec la foi, au contraire. Or là nous craignons des bébés à la carte, des bébés médicament. On ne peut pas regarder un enfant comme simplement l’objet du projet parental ».

Et d’interroger, dans l’esprit de l’encyclique du Pape François sur le thème de la fraternité :  « Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle organise la naissance d’enfants qui n’auront pas de père, tout au plus un géniteur ? Une société peut-elle être fraternelle lorsqu’elle renonce à reconnaître les rôles de la mère et du père, lorsqu’elle ne reconnaît plus que le lieu digne de l’engendrement d’un être humain est l’union corporelle d’un homme et d’une femme qui ont choisi d’unir leur vie pour créer un espace d’alliance et de paix au milieu de ce monde magnifique et dangereux ? ».

 L’évêque de Valence n’est pas opposé aux avancées scientifiques, « dont certaines sont nécessaires ». Il s’étonne en revanche « de la suppression dans les textes de l’obligation de promouvoir la recherche sur l’infertilité. La responsabilité de création, que Dieu nous a confié, est complexe, riche, fragile et il y a des recherches à faire sur ce sujet. On se base sur techniques qui ont un intérêt mais pas sur l’aspect humain.  Il y a un enjeu de fraternité, d’autant qu’avec la crise et le virage écologique cela nous questionne sur le modèle économique et social à adopter pour voir comment bien gérer la planète. A ce niveau, il n’y a aucune remise en question sur la bioéthique ».