Lazare : visioconférence avec le pape pour les 10 ans de l’association

La maison Lazare de Valence a eu l’immense chance de vivre une visioconférence avec le pape pour les 10 ans de l’association ! Lazare ce sont des colocations solidaires entre des jeunes actifs et des sans-abri. Aujourd’hui il existe 8 maisons en France, dont une dans notre diocèse.

L’association fête en 2020 ses 10 ans et le pape François avait accepté de les recevoir tous (familles engagées, colocataires de France, de Belgique et d’Espagne) à cette occasion à Rome. Mais le COVID en a décidé autrement ! Qu’à cela ne tienne, le pape François a eu l’audace de vivre une visioconférence en direct avec les maisons pendant 1h20 ! Une petite délégation de 8 personnes s’est rendue sur place pour représenter leurs colocataires. On vous invite à regarder l’enregistrement de ce moment entre terre et ciel : les colocataires ont pu poser leurs questions au pape directement à travers l’écran. L’ambiance était chaleureuse, entre rires et émotion les questions étaient variées allant de : » Quel repas prépareriez-vous à vos colocs si vous étiez dans une maison Lazare » à « J’ai connu la rue pendant 2 ans, j’ai perdu confiance en Dieu et dans les hommes. Comment garder l’espérance ? comment pardonner ? »

Au cours de la visioconférence, François, de Valence a interrogé le pape qui a parlé de notre diocèse. Voici leur échange :

François (de Valence) : Pourquoi l’Église est-elle si riche alors qu’il y a tant de pauvres dans le monde ?

Pape François : A Valence, l’Église est riche ? C’est une belle question. La tentation que tous les chrétiens, la tentation – je dirais – fondamentale, c’est la richesse. Il y a une chose qui me fait penser ça : Jésus, dans l’Évangile, ne parle que de deux maîtres, qui dominent : Dieu et l’argent. Et Jésus dit : soit tu appartiens à Dieu, soit tu appartiens à l’argent. En règle générale, on peut dire que dans la mesure où une personne appartient à la richesse, à l’argent, elle s’éloigne de Dieu. C’est-à-dire qu’elle a son cœur attaché là. Et plus elle se rapproche de Dieu, plus elle s’appauvrit. Ça, dans un premier temps. Votre question portait sur « l’Église ». L’ »Église » est un mot trop générique. On peut dire l’Église et penser aux grands temples. Que sais-je : la cathédrale de Strasbourg, par exemple. C’est quelque chose de magnifique, de très riche. Mais c’est un monument où l’on célèbre le culte, ce n’est pas l’Église. Quand on parle de l’Église, on peut parler des fidèles. Et là, oui on peut parler des deux « Seigneurs » dont j’ai parlé avant. Il y a des fidèles qui ont le cœur plutôt attaché à la richesse, d’autres qui l’ont en Dieu. Il y a aussi des fidèles qui ont gagné beaucoup de richesses, qui ont hérité de beaucoup de richesses, mais ils n’ont pas le cœur attaché à la richesse. Ils gèrent la richesse selon l’Évangile, avec un cœur de croyant.

Donc, il y a les temples qui sont une richesse artistique, il y a des chrétiens qui peuvent être pauvres ou riches mais qui ont un cœur pauvre, et il y a un troisième niveau qui est celui des ecclésiastiques. Que nous soyons Pape, évêques, prêtres, religieuses, religieux, quand l’une de ces personnes est riche, c’est un scandale pour l’Église. Les personnes qui sont appelées à suivre Jésus de près doivent être des personnes qui sont loin de toute richesse. Avec un cœur pauvre. Si elles doivent administrer des richesses, que ce soit pour le service des autres, de l’Église, et non pour leur propre service. La grande vertu que je souhaite pour toute l’Église, à commencer par le Pape, les cardinaux, les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses, c’est la pauvreté. Un saint basque, Saint Ignace de Loyola, a dit que la pauvreté pour les ecclésiastiques – ceux dont j’ai parlé avant – est la mère et la muraille de la vie. Pourquoi la pauvreté est une mère ? Parce qu’elle engendre la générosité, le don de soi aux autres, le fait de vivre pour les autres, la louange de Dieu, voilà pourquoi elle est une mère. Et c’est une muraille qui défend notre vie contre le seigneur du monde que sont les richesses. Et si quelqu’un voit un ecclésiastique qui est riche : d’abord qu’il prie pour lui, et ensuite, s’il en a la possibilité, qu’il lui parle. C’est ce que je peux vous dire à propos de cette question complexe, pourquoi l’Église est-elle riche ? Cette question m’a été posée une fois par un grand groupe d’ecclésiastiques. Je leur ai dit : « Dieu est bon, car si l’une de vos institutions est trop riche, il vous envoie un gestionnaire inutile qui la conduit à la faillite ».

Pour revivre cette rencontre : https://www.youtube.com/watch?v=vpp3oeiZLYE