Lutte contre les abus, orientations diocésaines, afflux de jeunesse dans l’Eglise… La dynamique et les projets encouragent Mgr Durand
En ce début de semaine Sainte, l’évêque de Valence fait un tour d’horizon des nombreux sujets d’actualités de ces derniers jours, de retour de l’Assemblée plénière de printemps des évêques à Lourdes.
Vous avez débuté l’Assemblée plénière de printemps par une session pour faire un point d’étape sur la mise en oeuvre des préconisations du rapport de la CIASE. Comment a été abordé et vécu ce sujet sensible ?
François Durand : « Personnes victimes, évêques, journalistes, associations et bénévoles engagés dans l’accueil, l’écoute et la protection des personnes victimes, nous étions rassemblés, sans distinction, dans une même salle pour des témoignages et des interventions sans retenue, sans jugement, ni agressivité. Les témoignages des personnes victimes ont été forts. J’ai relevé de la dignité, la maturité et la justesse des différentes prises de parole. Ces récits sont utiles pour la reconstruction des personnes victimes mais aussi pour la réparation de l’Eglise ».
Ces personnes victimes ont été impliquées dans l’engagement de l’Eglise à agir dans ce domaine ?
« Il ne s’agit pas de tourner la page suite au rapport de la CIASE. Il est essentiel de poursuivre, au quotidien, dans l’accueil et l’écoute de personnes victimes qui deviennent des témoins et des compagnons pour nous, évêques. Elles sont précieux dans notre travail de prévention et de lutte en nous aidant par leur témoignage à avoir une action plus ajustée, plus fine et plus efficace ».
Outre les témoignages, quelles ont été les avancées présentées ?
« Cette session de travail était destinée à faire un point d’étape sur la mise en oeuvre des décisions prises suite au rapport de la CIASE, en mesurant ce qu’il reste à faire. Nous avons centre notre attention sur les personnes victimes et aussi sur leur proches (conjoints et enfants). Des plans d’action et de prévention a destination des personnes ayant des pulsions pédophiles avec des prédispositions au passage à l’acte ont été également présentés. Il existe des possibilités de soins auxquelles il convient d’avoir recours ».
« Enfin, nous allons engager un travail de formation des cellules d’écoute dans les diocèses pour l’accueil des personnes ayant été victimes à l’âge adulte. Chaque personne doit pouvoir être écoutée, accompagnée et bénéficier d’une réponse juste.
Vous avez également travaillé sur les enjeux de mission de l’Eglise pour les trois prochaines années ?
« Nous avons utilisé la méthode testée lors du synode sur la synodalité de la conversation dans l’Esprit. Un des points de convergence majeure porte sur la manière dont les néophytes et les personnes qui recommencent dans la foi, peuvent être des leviers de transformation et de conversion des communautés chrétiennes ».
Quel message adressez-vous aux nouvelles personnes qui participent aux messes ces dernières semaines ?
« Nous avons vu, lors des messes des Cendres, des églises bondées, notamment en partie grâce aux messages et appels relayés par des influenceurs sur les différents réseaux sociaux, avec des jeunes qu’on n’avait jamais vus dans les églises. Certaines de ces personnes sont revenues les dimanches suivants lors des messes. Je les encourage à poursuivre ainsi et les invite à assister aux célébrations de Pâques, du Jeudi Saint à la messe du dimanche de Pâques, celui de la résurrection de Jésus. Elles vont découvrir le cœur de la foi des chrétiens. C’est la semaine le plus importante de l’année. Elles arrivent au bon moment pour prendre la mesure de ce temps privilégié. Ce sera aussi une occasion pour elles de discuter avec les nouveaux arrivés dans l’Eglise, de connaître et d’approfondir leurs motivations ».
Des priorités plus locales sont aussi en cours de réflexion pour le diocèse de Valence ?
« J’ai terminé les visites pastorales, à travers les 22 paroisses du diocèse. Depuis le mois d’octobre dernier j’ai pris connaissance des réalités, des besoins et des potentiels de chaque territoire drômois. Je vais rédiger une lettre pastorale qui présentera les priorités pour les trois prochaines années. La fête de la St Apollinaire, le 4 octobre prochain, sera l’occasion de les dévoiler aux acteurs des paroisses, et de voir comment les décliner et les mettre en œuvre de manière concrète localement.
Nous venons d’entrer dans la semaine Sainte qui, cette année, a une saveur particulière ?
« En effet, cette année, providentiellement le jour de Pâques sera le même jour pour les chrétiens de toutes confessions. C’est une coïncidence due à la concordance exceptionnelle des calendriers julien (orthodoxe) et grégorien (catholique et autres confessions chrétiennes). Par ailleurs cela correspond aussi au Jubilé de l’Espérance et au 1700e anniversaire du Concile de Nicée, temps fort de la foi chrétienne qui a, entre autres, décidé la manière de fixer la date de Pâques. C’est très important et je participerai à la prière œcuménique au temple du Petit Charran à Valence, pour l’aurore pascale qui permettra de fêter la résurrection du Christ avec les autres chrétiens valentinois.
De nombreuses nominations seront annoncées lors de la messe chrismale célébrée ce jeudi saint à la cathédrale de Valence. Elles sont importantes dans la vie de l’Eglise locale ?
« Il s’agit de nominations pour les prêtres dans les paroisses pour des services de curé, de prêtre associé ou de vicaire paroissial. Dans l’Eglise, de même que Jésus a envoyé ses apôtres en mission, chacun est envoyé et reçoit sa mission. Des diacres et des fidèles laïcs recevront aussi une nouvelle nomination. Il s’agit de repartir de manière équitable les forces apostoliques sur le territoire de notre diocèse.
Que répondre à ceux qui regrettent ces changement alors que tout se passe bien avec leur prêtre ou leur curé ?
« Il est bon qu’il y ait un fort attachement au prêtre par la communauté qui lui est confié. Il est aussi bénéfique de recevoir de nouveaux visages, et pour le prêtre de servir dans d’autres lieux de notre diocèse riche en diversité ».
