Édito de Mgr Michel : Vivre un Carême au service du dialogue et de la participation

Le 2 février, l’annonce d’une grande manifestation dans la ville de Valence, avec de nombreuses mesures de sécurité, nous a conduits à annuler la rencontre des consacrés de tout le diocèse. D’une certaine manière, à travers ce dérangement dans notre programme, nous nous sommes associés plus intensément aux souffrances exprimées dans notre pays depuis plusieurs mois maintenant. Le mouvement des « gilets jaunes », avec les autres mouvements qui jaillissent ici et là, apparaît comme le symptôme d’un questionnement en profondeur, qui nous concerne tous et dans lequel nous avons notre part à prendre comme disciples de Jésus.

« Plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause. (…) Alors même que l’aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler, les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n’est jamais très loin. » (Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, p. 15-17). Ainsi s’exprimait le conseil permanent des évêques de France en juin 2016, à l’adresse des habitants de notre pays, invitant à une réflexion fondamentale sur le politique en vue d’une refondation à l’approche de l’élection présidentielle. Cette réflexion qui appelle à repenser le contrat social et à mettre en lumière le besoin de sens de nos contemporains est toujours actuelle, à quelques mois des élections européennes. En décembre 2018, le même conseil permanent lançait un appel aux catholiques de France et à nos concitoyens, avec la conviction que « nous sommes tous responsables du dialogue » et que « l’Église, sans se substituer aux politiques, offre un espace pour faire grandir la fraternité », en suggérant des questions à travailler (en particulier sur le bien commun et les raisons d’espérer) au sein des paroisses.

Voilà donc les pistes sur lesquelles notre contribution peut se concrétiser : rechercher avec d’autres des clés pour comprendre ce qui se passe, offrir des lieux d’échange, proposer une vision de l’homme et de la société qui fasse droit au développement humain intégral, prier sans cesse pour ce monde en douleurs d’enfantement. L’encyclique du Pape François Laudato Si’ (2015) propose une réflexion de fond. L’appel pour un nouveau catholicisme social, publié dans La Vie le 9 janvier dernier, peut également nous inspirer : « Les catholiques doivent se mobiliser pour édifier des communautés solidaires, fondées sur un lien de responsabilité commune, qui puissent redonner à notre pays une perspective, un destin partagé, du travail, un lien par la culture populaire, une histoire continuée, un nouveau souffle familial, éducatif, écologique, spirituel et de vraies solidarités ». J’ai proposé à plusieurs maires de notre département, en particulier de petites communes en retrait des grands axes, de vivre un temps de partage à partir de ces pistes de réflexion et d’action. Je vous encourage à susciter ou à participer à des rencontres en y apportant ce goût de la fraternité qu’anime en nous l’Esprit du Christ.

« La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. » (Romains 8, 19). C’est avec cette parole de saint Paul que le pape François nous invite à vivre ce carême 2019, comme une montée vers Pâques qui élargisse nos horizons et soit un service concret du monde dans lequel nous vivons : « Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus : faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. En accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante. »