Léoncel : une abbaye de Citeaux dans la Drôme

L’abbaye de Léoncel, au diocèse de Die, fut fondée le 23 août 1137 par des moines venus de l’abbaye de Bonnevaux, du diocèse de Vienne. Ce n’était pas la première abbaye cistercienne dans la Drôme puisque la même année et le 26 juin, Morimond, quatrième fille de Citeaux, avait fondé Aiguebelle, au diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux. La troisième abbaye cistercienne de la Drôme fut une autre fille de Bonnevaux : Val-Croissant, au diocèse de Die, le 11 novembre 1188.

L’histoire de ces abbayes est très diverse et les archives qui subsistent sont également très diverses. Nous avons le Cartulaire de Léoncel (recueil de chartes contenant la transcription des titres de propriété et privilèges temporels d’une église ou d’un monastère). Pour Aiguebelle, à défaut de cartulaire, on a réussi à constituer un recueil de chartes et documents. Aujourd’hui, seule à l’abbaye d’Aiguebelle se poursuit la vie monastique.

La vie Monastique à Léoncel
Lorsque l’abbé de Bonnevaux envoya une douzaine de moines s’établir près de la petite rivière torrentueuse appelée La Lionne, dans une vallée bordée de deux chaînes de hautes montages couvertes de forêts, à une altitude de 900 mètres, il avait trouvé une solitude au climat rude mais non dénuée de charme. Le lieu fut appelé Lionnae cella, le petit monastère de la Lionne. C’est dans ce cadre que se déroulait la journée monastique, laquelle commençait bien avant le jour, à la huitième heure de la nuit, soit deux heures du matin, s’ouvrant par l’office des Vigiles dans l’église, bien froide en hiver. Aux premières lueurs de l’aube, ils chantaient les Laudes, puis au lever du soleil c’était Prime. Les offices du jour, très courts, étaient chantés à la troisième, sixième et neuvième heure, parfois dans les champs, selon les nécessités du travail. À la fin de l’après-midi, les Vêpres rassemblaient tous les moines, à l’exception des Convers retenus dans les granges ou dans des champs plus éloignés. L’office des Complies, à la tombée de la nuit, achevait la journée.

Léoncel : un carrefour d’influence artistique
À Léoncel, nous ne sommes pas devant une abbatiale typiquement cistercienne. Mais existe-t-il un édifice n’ayant que des caractéristiques cisterciennes ? Une église et une communauté sont liées à un groupe social et une région avec ses traditions. Il y a apport par les moines de Cîteaux, mais il n’est pas unique : à Léoncel, les références à la Provence sont peut-être les plus fortes, mais elles se combinent avec d’autres,
venues du nord. Léoncel est un édifice important pour l’histoire de l’art, car il se trouve à un carrefour de vallées montagnardes où passaient les routes du sel, les « drayes » de transhumance et les différents courants commerciaux auxquels participaient les religieux par la vente des produits de leurs patrimoines forestier, agricole et pastoral. Pendant plusieurs siècles, l’abbaye constitua un pôle spirituel en même temps qu’une puissance économique et sociale. Elle connut des jours difficiles, du fait des turbulences extérieures : passage des « grandes compagnies », guerres féodales, guerres de religion surtout, mais aussi du fait d’un entraînement croissant vers la richesse – notamment au temps des abbés commendataires nommés par le roi. La révolution française devait mettre fin à l’existence de l’abbaye en tant que communauté religieuse. L’église résiste à la destruction et le seul moine restant assure le service des familles. Lorsque Léoncel devient commune autonome et paroisse, en 1854, l’église est restaurée, déclarée monument historique (elle figure sur la première liste due à Prosper Mérimée).

L’église est ouverte en permanence. Chaque année des milliers de personnes viennent y prier ou simplement visiter la plus belle église romane du Dauphiné. Fidèle à son passé, au service de l’Église et à sa réalité touristique actuelle, Léoncel veut continuer et améliorer cette vocation aux multiples aspects.

Yves Chauché
Article réalisé à partir du Cahier culturel du Vercors n° 5

L’association « Les amis de Léoncel » 

Dans les années 1960-1970, les promeneurs qui venaient à Léoncel découvraient une église humide et froide, même en plein été. À l’intérieur le chevet et les bas-côtés étaient couverts de mousse. Hélas, la commune de Léoncel, propriétaire du site, n’ayant qu’une cinquantaine d’habitants n’avait pas les moyens d’assurer l’entretien du lieu. L’évêque de Valence a alors confié une mission pastorale à Marie-Françoise Giraud. Celle-ci, constatant le triste état du bâtiment, eut l’idée de réunir autour d’elle plusieurs personnes de la région pour fonder en 1974 l’association « Les Amis de Léoncel » dont le but était de réunir des fonds pour financer la restauration de l’église abbatiale.

Régulièrement l’association lança des souscriptions parmi ses adhérents et elle put ainsi aider la commune à financer des travaux importants (toiture, électricité…). Depuis plusieurs années, c’est la commune qui se charge de monter ses dossiers de subvention pour les travaux, et l’association continue de verser des fonds. En 1990, avec l’aide d’une subvention obtenue par les Amis de Léoncel qui en ont fait don au diocèse, celui-ci a pu acheter la maison Saint-Hugues qui est située dans le prolongement des locaux de la mairie. Elle est occupée par le Conseil d’Animation nommé par l’évêque et présidé par le Père Daniel Blanc. Le conseil assure les animations spirituelles, particulièrement en été avec le concours de nombreux bénévoles.

Parallèlement à ses actions dans le domaine de l’architecture, l’association commença au milieu des années 1980 à organiser des concerts de qualité dans l’église abbatiale, permettant ainsi à tous d’apprécier l’acoustique extraordinaire du lieu. Grâce à un de ses membres agrégé d’histoire, elle initia, en 1984, un colloque d’étude de l’histoire du monastère de Léoncel et d’autres sujets connexes, et publie depuis lors les communications des colloques dans les Cahiers de Léoncel, dont le 29e numéro est sorti en avril 2019.

Sylvie Benezeth

La Crèche de Léoncel

Pour la 4e année, la crèche de Léoncel a connu un immense succès… Plus de 4 400 visiteurs sont venus passer un moment de joie de Noël devant la crèche de 30 m2, installée dans le magasin associatif Saint-Hugues de Léoncel, qui fait place à l’imagination et vous parle du
Vercors et des anciens métiers. Enfants et parents ont été conviés à une déambulation dans des univers magiques et nouveaux. Des décors
grandioses évoquant la construction des routes du Vercors, des paysages enneigés, des scènes de vie de nos campagnes… À chaque recoin un émerveillement, un santon, une histoire… par Catherine Mackowiak et une équipe de passionnés.

Près de six-cents santons animent les saynètes ; certaines sont en mouvement et merveilleusement éclairées par Sébastien Giner, ce qui
ajoute encore à la magie du moment… Associés à cette découverte, deux temps de lecture de contes de Noël ont été proposés aux enfants par Olivia Rény, en partenariat avec Fréquence Lire. Une petite cabane extérieure était en place, offrant la possibilité de déguster une bonne crêpe, un vin chaud préparés par Amandine et son Food truck.

Catherine Mackowiak