Dimanche de la Parole de Dieu

En septembre dernier, le Pape François a institué une nouvelle solennité : le dimanche de la Parole de Dieu. Chaque troisième dimanche ordinaire sera selon ses propres termes « consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu ».

Cette année, c’était le dimanche 26 janvier. Chaque paroisse a choisi sa manière de mettre à l’honneur la Parole de Dieu et au niveau diocésain, un rendez-vous était proposé à Allex.

Environ 80 personnes se sont ainsi retrouvées chez les Spiritains. L’après-midi a débuté par un temps d’enseignement du père Jean de Richemont, moine à l’abbaye de Triors. Il a partagé son expérience personnelle de Lectio Divina appliquée au passage de la vocation de Samuel (1S 3, 1-10). Avec beaucoup de fluidité, sa lecture a voyagé entre les différents livres de la Bible en établissant des liens de sens entre tous les textes visités. Après ce travail, il ne reste plus qu’à recueillir « ce que le texte me dit » aujourd’hui et à en parler dans la prière au Seigneur.

Forts d’un si bel exemple, les participants ont été invités à passer à la pratique sur place avec l’Evangile du lendemain dimanche. Les groupes formés ont fait l’essai à leur mesure mais avec enthousiasme.

Il ne restait plus qu’à aller célébrer ensemble à l’église St Maurice d’Allex les vigiles dominicales préparées par le groupe Vigiprière.

 

 

Soyons des veilleurs, par Fançois Meunier

 

« Les lampes ne manquaient pas dans la chambre haute où nous étions réunis. » Ac 20, 8

 

Chers amis,

Chaque samedi soir nous nous retrouvons dans cette église pour prier ensemble à l’entrée du Dimanche et nous sommes heureux de vous accueillir ce soir pour célébrer avec vous ce Dimanche de la Parole accompagné de notre Evêque. Je reconnais des visages connus… Le « nous » désigne notre communauté chrétienne à Allex, elle-même participante de la communauté paroissiale de la famille du Crestois. La mission de notre communauté en coopération avec le Père Damien, notre curé, est –est-il nécessaire de le rappeler ? -d’annoncer l’Evangile ici à Allex.

 

Alors qu’est-ce qu’une vigile ?  

Quand le Père Damien, nous a confié cette mission de prière, quand monseigneur Michel nous a confirmé dans cette mission, nous étions un peu perplexes, mais nous avons vite compris ensemble qu’ils nous renvoyaient à notre vocation première de baptisés, c’est-à-dire d’être des témoins du ressuscité ici à Allex, c’est-à-dire d’être des veilleurs. Et un veilleur… et bien…  il veille !  C’est là le sens du mot Vigile, qui vient de veillée. Dans les ténèbres de ce monde, le chrétien reçoit et annonce la lumière de la résurrection.

Depuis les débuts du christianisme, la nuit du samedi au dimanche a une couleur tout particulière. Comme les fils d’Israël, les chrétiens entrent aussi dans la célébration du jour, la veille : souvenez-vous comme il est dit dans le livre de la genèse, il y eut un soir il y eut un matin, jour Un.  Chaque Dimanche, depuis les origines, les chrétiens se rassemblent pour faire mémoire de la Pâque du Christ et c’est pour cela, comme vous allez le voir ce soir que la couleur de notre assemblée de prière est résolument pascale. Bien sûr c’est l’Eucharistie du dimanche que nous rejoindrons demain qui est le cœur du jour du Seigneur (vive le co-voiturage).  Mais la prière que nous allons vivre maintenant est là pour creuser notre désir de la rencontre eucharistique. Vous avez peut-être l’habitude de prier d’autres offices – ce que l’on nomme la liturgie des heures, la louange des heures – comme l’office du matin, laudes (citer ici l’expérience de « Piégros ») ou l’office du soir que l’on appelle Vêpres (autour de notre évêque chaque mercredi soir). L’office de vigile est autre. La mot Vigile peut vous faire penser à la Vigile pascale et vous aurez raison car la vigile dominicale est connectée à la vigile pascale, que l’on dit aussi mère de toutes les veillées. Tant de choses à dire sur cette prière tant elle est chargée de mémoire :  la place du chant des psaumes, de tous les signes posés qui nous plongent au cœur du Mystère de notre Foi. Nous nous concentrerons sur deux mots ce soir : Lumière et Evangile.

 

Accueillir la lumière

Commençons par la lumière : Comme pour la vigile pascale, nous allons commencer par allumer les lampes à partir du cierge pascal – on appelle cela lucernaire- que l’on accompagnera d’une hymne très ancienne – du deuxième siècle- le « joyeuse lumière ». Depuis les origines de l’humanité, quand la nuit vient, la peur nous gagne, la peur de la nuit, la peur de la mort, et il faut allumer les lampes. La fée électricité nous a fait peut être oublier cela. Les intempéries, la neige récemment à Allex nous a rappelé que quand l’électricité vient à manquer, la chaleur d’une bougie change tout et dit… le tout.  Cette lumière nous prendrons le temps de la transmettre à toute notre assemblée, de visage à visage, pour nous rappeler d’une part que nous avons été illuminé un jour par l’immersion du baptême-être baptisé, c’est être illuminé !-  et d’autre part que la foi en la résurrection se transmet comme par contagion de personne à personne.

 

Accueillir l’Evangile

Le deuxième mot est le mot Evangile. L’Evangéliaire va être introduit solennellement dans notre assemblée manifestant ainsi une présence, celle du Christ ressuscité au milieu de nous. Comme nous le rappelle notre Pape en ce Dimanche de la Parole, il y a une véritable sacramentalité de la Parole de Dieu. Ainsi nous allons certes écouter la proclamation de cette bonne nouvelle, et son actualisation au travers du commentaire qui suit, mais aussi comme nous le rappelle le commencement de la première épitre de Jean, nous allons prendre le temps de regarder le Seigneur quand l’Evangéliaire nous sera présenté à bout de bras. Nous viendrons ensuite en procession, le toucher, le vénérer, poser un saint baiser. Par ce geste, c’est un geste d’amour que nous poserons, manifestant notre désir de servir l’Evangile, d’être assidu à son écoute, à nous laisser saisir par Lui, pour faire grandir l’audace de l’annoncer à tous les hommes et femmes que nous rencontrerons cette semaine.

 

Alors pourquoi Vigiprière ?

Vous l’avez bien repéré, l’expression « Vigiprière » est un clin d’œil à l’actualité de nos gares et de nos aéroports. Pour nos contemporains, dans le monde que nous habitons la vigilance est synonyme de mé-fiance pour faire face à une menace. C’est vrai ! Mais comme disciple du Christ, nous avons peut-être à dire autre chose, à élargir ce sens à l’accueil d’une Joie, d’une Joie profonde dans la con-fiance. Cette Joie, c’est la Joie du Royaume que nous célébrons dans le « déjà là » ce soir à Allex et le désir de sa venue … le désir du « pas-encore ». Dans une société marquée de plus en plus par la peur, l’inquiétude, l’incertitude du lendemain, la vigilance chrétienne est là pour assumer de manière intime et profonde la foi en la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine. La veille est l’expression d’une foi pascale.

 

Pardon pour ces mots trop longs.  Sachez qu’aujourd’hui de plus en plus de communautés chrétiennes redécouvrent la richesse de cette prière de veille, pour vivre le Dimanche comme une Pâque hebdomadaire. L’orient chrétien n’a jamais quitté cette respiration de la vigile dominicale et nous avons à redécouvrir cette richesse pour l’unité des chrétiens que nous célébrons aussi cette semaine. La vigile est un « lieu » éminemment œcuménique.  Merci au Père Jean de Richemont de nous avoir édifier en nous initiant à la lectio divina si étroitement liée à la liturgie. Ce sont nos amis d’Ecclesiola qui pendant trois sessions d’été à Crest nous ont donné le goût de cette prière. Ayez à votre tour l’audace chez vous, de déployer une telle prière qui édifiera, vos paroisses, vos communautés, vos familles aussi car rien ne vous empêche de vivre cette rencontre dans vos maisons avec vos enfants.

Que le christ notre Pâque, vienne nous combler de joie !