Béatification des dix-neuf martyrs de la fraternité : retour sur la journée de commémoration à Aiguebelle

Le 16 décembre 2018, huit jours après la béatification solennelle à Oran, il y avait foule au monastère cistercien drômois pour honorer les nouveaux bienheureux martyrs algériens. La météo n’était pas trop lumineuse, mais ne dit-on pas que la pluie n’arrête pas le pèlerin ?

Plus de quatre cent personnes avaient répondu à cette proposition, initiée par notre évêque, de se retrouver pour une journée de prière, d’action de grâce dans la joie et l’émotion.
La journée avait été préparée par la communauté monastique d’Aiguebelle et l’association « Les amis d’Aiguebelle ». Qu’ils en soient remerciés. Ils avaient été secondé par les dominicaines de Taulignan, les frères Maristes de Saint-Paul-Trois-Châteaux et le service du dialogue interreligieux du diocèse.
Cette journée de fête fut marquée par la prière, la joie de la rencontre, la découverte des martyrs, la réflexion sur l’Église d’Algérie aujourd’hui et la place des martyrs dans nos vies à nous, drômois, du XXIe siècle.

La prière débuta et clôtura la journée. En effet, nous nous sommes tous retrouvés pour la messe dans l’abbaye, animée par le chœur diocésain, pendant laquelle le père Georges, de la communauté, accueillait tous les participants et notamment les trois évêques présents. Il souligna aussi la présence de Madame Elisabeth, la sœur de F. Christophe Lebreton, représentant toutes les familles des bienheureux, les familles ayant été bien souvent le premier terreau de croissance de la vie chrétienne de ces consacrés. Le père Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, au cours de l’homélie, soulignait la valeur de dialogue et de service que devait nous inspirer ces héros de la foi, surtout en cette période troublée où le dialogue social semble en panne. Et, la fin de journée, ce fut le temps de prière des vêpres avec les moines.

La joie de la rencontre ce fut d’abord le repas partagé, puis, surtout les ateliers du début d’après-midi où chacun a pu (re)découvrir le Mémorial de Tibhirine avec les explications du religieux qui l’a conçu et du sculpteur des statues, Yan VITA ; nous avons pu chanter grâce à Véronique Stouls et Christel Bert et leurs « chants de Tibhirine » inspirés majoritairement des textes de Christian de Chergé ; un troisième atelier donnait la possibilité de visionner un film sur les béatifiés, réalisé par la Communauté du Chemin Neuf.

La découverte des martyrs, la réflexion sur l’Église d’Algérie aujourd’hui, déjà bien présentes, furent surtout le sujet principal des interventions, dans l’abbaye, de trois orateurs : d’abord Alain Delorme, frère Mariste, biographe d’Henri Vergès. Il nous restitua la vie de cet homme bon et simple et son insertion discrète au service de ses frères. Puis ce fut M. Abdel Malik Richard Duchaine, délégué au Dialogue Inter Religieux du Conseil Régional du Culte Musulman. Il replaça les martyrs chrétiens dans le contexte de la violence de l’époque, faisant mémoire des nombreux musulmans assassinés à cette époque, comme Mgr Vesco le rappela également. Il nous fit une belle analyse personnelle de la pensée de Christian de Chergé. Notre troisième orateur fut Mgr Jean-Pierre Vesco, évêque d’Oran. Avant son intervention proprement dite, il nous présenta un jeune homme, dernier chrétien baptisé par Mgr Claverie, ami de Mohamed Bouchiki, le chauffeur de Mgr Claverie, assassiné avec lui. Puis, il nous repris la genèse du projet de béatification, les discussions avec Rome, avec les autorités algériennes. Nous avons mieux senti les enjeux à célébrer à Oran plutôt qu’à Rome une telle cérémonie. Enfin, il nous donna un aperçu de l’Église en Algérie, le sens de sa présence et le signe qu’elle représente : disponibilité et partage avec des frères croyants, certes ne partageant pas notre foi, mais croyants au même Dieu que nous.

Tout au long de la journée, nous avons pu ressentir la joie sur les visages et dans les yeux. Joie d’être là, joie de prier ensemble, joie de partager ces chants, cette méditation, sentir combien l’œuvre de ces dix-neuf bienheureux était porteuse d’espérance.
Oui, il s’est passé quelque chose ce 16 décembre à Aiguebelle ! Que tous les participants puissent porter de cette joie autour d’eux pendant longtemps et garder en eux cette valeur du service si longuement évoquée…

Guy Leydier, diacre