Les cadeaux de Marthe

A l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Marthe Robin, figure du diocèse de Valence et des foyers de Charité de Chateauneuf de Galaure, Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, confie ce que nous apporte aujourd’hui Marthe, 40 ans après son décès.

Grâce à un garçon du diocèse de Valence, j’ai découvert Marthe Robin quand j’étais au séminaire. Peu après, j’ai lu l’ouvrage de Jean Guitton, « Portrait de Marthe Robin », au moment de sa parution en 1985. Aujourd’hui, évêque de Valence depuis plus 6 ans, je continue à découvrir cette figure de sainteté qui a fleuri en terre drômoise, et dont le rayonnement est bien plus large. Je ne cesse de m’émerveiller des cadeaux que Dieu nous fait à travers elle, pour aujourd’hui et pour demain.

D’abord, le témoignage d’une femme, laïque, malade, qui a cheminé pas à pas vers une rencontre de plus en plus authentique avec le Seigneur. De plus en plus, il nous est donné d’avoir accès à ce parcours de croyante. Il a fallu du temps pour que Marthe lâche prise et s’abandonne. Il a fallu du temps pour que Marthe donne une réponse de plus en plus libre. Ce qui a fait venir près d’elle tant de visiteurs me semble jaillir de son cœur à cœur avec Jésus et de son amour passionné pour le Christ, au cœur d’un combat spirituel dont elle nous laisse deviner l’intensité. Marthe nous permet de comprendre que le chemin de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés ne se situe pas dans l’héroïsme ou dans l’extraordinaire mais dans le concret de nos vies, dans le consentement au réel, de ce que nous n’avons pas choisi, où Dieu nous donne rendez-vous. J’ai pu constater combien cela aidait des personnes fragiles, marquées par des chemins de vie douloureux, mais aussi des prêtres de paroisse dans leur ministère.

Ensuite, le deuxième cadeau me semble être la présence de cette communauté fraternelle qu’est le foyer de Châteauneuf (et bien sûr les nombreux foyers de par le monde) au milieu du diocèse. Une communauté fraternelle qui rend possible des retraites qui viennent nourrir quantité de personnes, à l’heure où nous avons besoin d’une foi mûrie, structurée, approfondie dans la prière, pour être capable de rendre compte de notre espérance. J’admire particulièrement les nouvelles initiatives en direction des jeunes adultes (spécialement la retraite Va, prie, deviens !) et j’encourage, par exemple dans ma lettre pastorale d’octobre 2019 « La joie de la mission », les catéchumènes et les confirmands adultes, mais aussi tous les acteurs de la mission, à venir s’abreuver à cette source. La Pentecôte d’amour que Marthe entrevoit est en train de prendre corps dans ce temps de purification que vit notre Eglise. A sa façon, avec d’autres témoins, Marthe nous réveille pour laisser nos cœurs êtres embrasés du feu de l’Esprit Saint. Dans les temps incertains que nous traversons avec la pandémie, Marthe nous rappelle ce que dit Saint Paul dans la lettre aux Romains : « Nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Romains 5, 2-5)

Enfin, je vois aussi le rayonnement de la vénérable Marthe Robin à l’œuvre dans les écoles des Foyers, Châteauneuf, Saint-Bonnet et les Mandailles. Année scolaire après année scolaire, ce sont des centaines de jeunes garçons et filles qui bénéficient de ce charisme de l’amour vécu dans les petites choses, dans le travail de chaque jour, dans l’offrande de nos vies. D’après ce que j’entends ou d’après ce que je lis dans les lettres des jeunes se préparant à la confirmation, la pédagogie et le cadre de l’ensemble de la vie scolaire favorisent une ouverture libre et confiante à une relation vivante avec le Seigneur. Souvent, je demande à Marthe de veiller sur cette jeunesse qui grandit dans un monde sans repère, et avec elle, je me sens poussé à demander à l’Esprit Saint d’aider celles et ceux que le Seigneur appelle à une vocation de consacré(e), de religieux(se) ou de prêtre à répondre joyeusement à cet appel. Merci, Marthe, d’aider chacun à trouver sa place dans l’Eglise et dans le monde, dans la confiance et la joie !

  + Pierre-Yves Michel

Evêque de Valence