Le père Julien Sciolla, doyen des prêtres du diocèse, est décédé dans sa centième année

Doyen des prêtres du diocèse de Valence, le père Julien Sciolla est décédé ce mercredi 12 août, à quelques semaines de son centième anniversaire. Ordonné en 1952, il aura traversé soixante-quatorze années de sacerdoce, connu six évêques de Valence et vécu les grandes transformations de l’Église depuis le concile Vatican II.

« Je sens que c’est bientôt la fin et que le Seigneur m’accompagne. » Deux mois avant sa mort, le père Julien Sciolla confiait ces mots au micro de RCF Drôme. Une parole simple et paisible, à l’image de la foi qui l’a porté tout au long de sa vie.

Avec sa disparition, le diocèse perd l’une de ses figures et une partie de sa mémoire. Né en octobre 1926 à Volvent, dans le Diois, Julien Sciolla avait grandi au rythme des affectations militaires de son père. Pupille de l’Assistance publique, celui-ci avait été placé à Volvent comme gardien de troupeau avant de s’engager dans l’armée. La famille vécut notamment à Montélimar puis à Verdun. La guerre marqua profondément son enfance. Lorsque la famille dut quitter précipitamment Verdun pour revenir dans la Drôme, elle abandonna son logement et une grande partie de ses affaires. Le jeune Julien dut notamment laisser derrière lui le violon dont il commençait l’apprentissage. « On partait avec quelques sacs, quelques valises, c’est tout », se souvenait-il. Un « arrachement extraordinaire » qui mit fin à ses cours de musique, mais pas à sa passion.

De retour dans la Drôme, Julien Sciolla entra au séminaire. Sa formation fut interrompue par le service militaire. Il fut ordonné prêtre le 29 juin 1952 à la cathédrale Saint-Apollinaire de Valence. Il attribuait volontiers sa foi à l’exemple reçu de son père. Celui-ci lui avait appris « la simplicité » et l’importance « d’être vrai ». Il demeura pour lui une référence de courage et de persévérance. « Il y a des qualités comme ça que je lui dois, et je crois que c’est lui qui continue à vivre en moi », expliquait-il.

Le concile Vatican II constitua une étape importante dans son cheminement et sa manière d’exercer son ministère. Il lui permit, disait-il, d’ouvrir une foi d’abord très liée à son village natal et de la vivre pleinement dans la rencontre avec les autres. Pour lui, être fidèle signifiait continuer à marcher avec Jésus, « quoi qu’il arrive ».

Un prêtre au cœur des quartiers

Les différents ministères du père Julien Sciolla racontent aussi une partie de l’histoire récente du diocèse. En 1955, il fut notamment à l’initiative de la création de la chapelle du Grand-Charran, à Valence. Il gardait un souvenir très vivant de ce quartier et des familles qui y habitaient. « C’était mon quartier, je connaissais toutes les familles des enfants qui allaient au catéchisme », racontait-il encore plusieurs décennies plus tard. Lorsqu’il était vicaire à la paroisse Notre-Dame de Valence, il se rendait régulièrement auprès des malades de la clinique. Il leur apportait les sacrements et accompagnait les familles dans des moments parfois très douloureux. Il lui arriva aussi de baptiser des nouveau-nés dont la vie était menacée, parfois quelques jours seulement après leur naissance.

De 1968 à 1982, il fut curé de la paroisse Saint-Paul, dans le quartier du Polygone à Valence. Il y vit le quartier se transformer avec l’arrivée de nombreuses familles rapatriées d’Algérie, notamment des pieds-noirs et des harkis. Il conserva de ces quatorze années une certaine nostalgie, liée à la proximité qui existait alors entre le prêtre et les habitants et à la connaissance très concrète des familles. Son ministère le conduisit également à Romans-sur-Isère. Il y fut doyen et resta une dizaine d’années à la collégiale Saint-Barnard. Il évoquait avec enthousiasme ce lieu, son orgue et la place qu’y occupaient le chant et la liturgie.

De ses nombreuses missions, le père Julien Sciolla retenait cependant moins les fonctions exercées que les personnes rencontrées. « J’ai eu la joie de faire de bonnes rencontres, avec des gens simples, accueillants. Beaucoup ont su ouvrir leur porte et m’ont aidé à être prêtre », témoignait-il.

Une voix familière de RCF

Le père Julien Sciolla fut aussi, pendant plus de vingt-cinq ans, une voix familière de la radio chrétienne. Avec un ami pasteur protestant, il anima l’émission « Bonjour Monsieur le curé, bonjour Monsieur le pasteur », dans laquelle chacun racontait son ministère et partageait son regard sur la foi chrétienne. Il participa également à « Préparons dimanche », consacrée aux textes de la liturgie. Une manière de transmettre la Parole au-delà des murs de l’église, même s’il s’interrogeait avec humour sur la réception de ces émissions : « On ne sait jamais, quand on parle à la radio, si les gens nous écoutent ou s’ils ferment dès qu’ils nous entendent parler. »

La musique occupa elle aussi une place essentielle dans son existence. Elle faisait remonter les souvenirs et lui permettait d’exprimer ce que les mots ne suffisaient pas toujours à dire. « J’ai compris que la musique était une manière agréable de parler de soi-même sans avoir à le dire », expliquait-il. Il aimait rappeler que « chanter, c’est prier deux fois ».

La photographie était son autre passion. Née en observant son père manier un ancien appareil, elle ne le quitta jamais. Au fil des décennies, il constitua un fonds considérable de clichés retraçant sa vie, celle de sa famille et des lieux auxquels il était attaché.

Prêtre jusqu’au bout

Entré depuis plus de vingt ans dans la catégorie des prêtres aînés, le père Julien Sciolla continua à vivre sa vocation de manière engagée aussi longtemps que ses forces le lui permirent. À la maison de retraite L’Olivier, à Valence, où il résidait depuis plusieurs années, il célébrait encore parfois la messe dans la chapelle, parfois accompagné d’un prêtre de la paroisse Saint-Émilien. Lorsque son état de santé le permettait, il organisait également des temps de partage autour de l’Évangile du dimanche.

« Je prends le texte de l’Évangile, on se met en cercle et on échange », expliquait-il. Il regrettait parfois que les participants n’osent pas davantage prendre la parole, peu habitués à exprimer ce qu’ils pensaient ou ressentaient. Mais sa présence et son ministère demeuraient reconnus par les résidents, qui l’appelaient simplement « père » lorsqu’ils le croisaient dans les couloirs.

À l’approche de son centième anniversaire, il espérait encore pouvoir chanter pour ceux qui l’entouraient. Il cherchait le chant qui pourrait convenir à ce moment. Le père Julien Sciolla n’aura pas atteint ce cap symbolique, mais il laisse le souvenir d’un prêtre profondément attaché aux personnes rencontrées, à la transmission de la Parole et à cette fidélité qu’il résumait ainsi : continuer à marcher avec Jésus, quoi qu’il arrive.

Ses funérailles se dérouleront mardi 18 août à 10h à l’église Notre-Dame, rue Berthelot à Valence.
Une veillée funèbre se tiendra lundi 17 août à 20h à l’église Notre-Dame en présence du corps.


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