Film : Et je choisis de vivre

Et je choisis de vivre – Le deuil d’un enfant : du chaos à l’Espérance, documentaire réalisé par Damien Boyer et Nans Thomassey, est sorti en salles le 5 juin 2019. Le film est diffusé cette semaine au Navire à Valence (séances à 16h et 18h30). Au commencement il y a la parole : dans une classe, les écoliers écoutent la maîtresse qui raconte une histoire. Au dernier plan nous sommes dans une salle de cinéma où la même jeune femme évoque la même histoire. Cette personne qui est le fil rouge du film c’est Amande qui parle à la première personne : elle a perdu son bébé Gaspard, et en elle c’est le chaos.

Guillaume, son mari est également dévasté par ce deuil et l’équilibre de leur couple vacille. C’est alors que les deux réalisateurs leur soumettent un projet original : pour échapper à l’enfermement mortifère de la désespérance, il faut partir dans la nature, s’embarquer dans une aventure de découvertes et de rencontres où la parole aura un rôle central dans l’échange avec d’autres parents qui ont vécu la même épreuve.

La nature c’est les grandioses paysages drômois des Trois Becs et de la Chaudière que les prises de vue réalisées par drone magnifient encore. L’un des réalisateurs guide la randonnée pendant que l’autre filme. Il est attentif, patient et joyeux. A son contact, Amande sort de son marasme pour observer la campagne, tirer l’âne parfois récalcitrant, et …rire ! Car des larmes aux éclats de rire, Amande est bien vivante : elle crève l’écran. Les autres personnes avec lesquelles elle échange sont souvent des femmes parce que les mamans ont besoin de mettre des mots sur leur souffrance tandis que les hommes sont davantage dans l’action.

Alors le guide propose des gestes symboliques où la lumière tient une place centrale, et la force humanisante des rites s’impose comme une évidence. Les enfants eux aussi ont besoin de gestes pour évoquer leur frère disparu : on va jouer à lui construire une maison, sûrs qu’il veille sur nous maintenant comme nous avions soin de lui pendant sa maladie ! Il faut choisir entre le chagrin et la volonté de vivre et la « rigolothérapie » est aussi une option efficace.

Ce documentaire, discrètement inter-religieux, libère la parole de ceux qui le regardent, instaurant dans la salle où il est projeté une atmosphère d’écoute respectueuse et de profond partage.

Michèle Debidour