Des nouvelles de la communauté catholique francophone du Japon

Bonjour,

Les médias français continuant à être toujours essentiellement franco-gaulois, il serait étonnant que vous ayez un peu d’information sur le Japon et, comme je n’ai communiqué qu’au compte-goutte parce que j’ai privilégié le travail pour la Communauté catholique francophone du Japon qui est devenu plus compliqué et parce que je ne voulais pas favoriser une panique irrationnelle ou une inquiétude démesurée.

En fait, l’hygiène et la discipline nippones ont certainement contribué à ce que l’épidémie se répande moins et moins vite que chez les voisins. Il y a toujours beaucoup de monde dans les transports en commun avec 70 % de passagers masqués surtout pour adorer le dieu « Travail ».

En février c’est un événement périphérique qui a retenu l’attention avec le blocage, dans le port de Yokohama, d’un navire de croisière britannique avec des passagers de nombreux pays qui étaient contaminés.
Puis après un discours du premier ministre, qui annonçait entre autres la fermeture des écoles 15 jours avant les vacances, quelques évêques, dont celui de Tokyo, ont demandé d’annuler les messes dominicales du 1er et 8 mars et, dans un deuxième temps, celles du 15, 22 et 29 mars. Elles sont encore possibles en petits groupes, je les maintiens donc en semaine et le dimanche je les célèbre dans la chapelle MEP avec 6-7 personnes (les habitués des messes de semaine ou de l’adoration du jeudi soir). Ce dimanche 22 nous étions 18 car j’ai proposé une étape de baptême (en fait, deux en une pour rattraper le temps perdu) à nos deux catéchumènes (Terumi Cecilia, jeune maman japonaise, et Casimir, diplomate togolais).

Les Lycées français internationaux de Tokyo et Kyoto étaient en vacances quand la mesure de fermeture des écoles a eu lieu mais au retour ils ont annoncé leur fermeture d’abord pour une semaine puis deux maintenant. Ce sont les parents qui aident leurs enfants à suivre les cours en ligne, comme maintenant en France. D’après une élève de 4ème qui prépare sa confirmation, ces cours ne sont pas une réussite technique : « on voit mal, on entend mal, on comprend rien ».
Pour la catéchèse, le groupe du quartier français Iidabashi peut continuer à se retrouver mais celui du dimanche qui est multiquartiers et avec des enfants en école japonaise doit trouver un autre mode de fonctionnement. Le courrier électronique permet certaines choses, par exemple de continuer le soutien annuel pendant le carême d’une école au Cambodge malgré l’impossibilité de vendre des gâteaux.
La distribution de ‘bento’ (= plat chaud) aux sans-abris par les Frères de Mère Teresa avec notre soutien ne se fait plus, je ne comprends pas pourquoi ; bref, malgré les incantations pontificales les pauvres continuent de trinquer. En revanche nous n’avons pas de contrainte pour les visites ni au centre de rétention des migrants, ça nous donne même l’occasion de savoir si notre température corporelle est correcte, ni à la prison de Fuchu où je suis attendu le 3 avril.
Ce soir, en équipe pastorale que nous pouvons réunir puisque nous ne sommes que neuf, nous allons prévoir un plan B pour la Semaine sainte mais, contrairement au Vatican et comme à Valence, rien n’est décidé.

Le 23 mars, en réunion d’équipe pastorale, nous élaborons un plan B drastique pour les messes de la Semaine sainte car il est plus que probable qu’elles ne soient autorisées que si le groupe ne dépasse pas 20 personnes et nous ne pouvons les vivre qu’à la Chapelle des Missions étrangères de Paris. Pour Rameaux nous proposerons trois messes le dimanche à des horaires espacés et, pour Pâques, la Vigile (prise en charge par les Confirmands mais nous ne ferons que trois lectures de l’Ancien Testament et le baptême des deux adultes est reporté à Pentecôte où nous pourrons peut-être faire enfin une vraie Vigile) et deux messes le dimanche . Il y a donc un système d’inscription (depuis la messe du Pape nous avons l’habitude) et l’équipe pastorale validera les inscriptions de façon équilibrée.
Le 24 mars la décision de reporter les JO et les Jeux paralympiques est prise et communiquée. J’étais inscrit pour une présence presbytérale catholique francophone au Village olympique, si les Jeux sont programmés au cours de l’été 21, je ne pourrais pas assurer ce service, dommage ! Mais ce sera peut-être au printemps…
Le 25 mars, Mme Koike, gouverneur de Tokyo demande d’éviter de sortir de chez soi si ce n’est pas nécessaire, particulièrement le soir et le week-end. Il n’y a pas d’obligation car, en général, les nippons en font toujours plus que ce qu’on leur recommande. A titre personnel je m’efforce de faire de même tout en gardant ma petite promenade vers la cathédrale et son parvis avec sa grotte de Lourdes pour prier avec les pieds… et les yeux marchant, ça m’est nécessaire.

Le dimanche 29 mars, première messe avec inscription, les six confirmands avaient priorité avec leurs deux animateurs ainsi que les sept membres du groupe biblique. Avec le prêtre, une famille de cinq et une autre de deux nous étions au-dessus de vingt quatre jours avant. L’idée est alors venue de proposer une messe, selon les mêmes conditions, le samedi soir. Mais petit à petit les familles avec enfants hésitent à se déplacer et reviennent sur leurs inscription. La messe du samedi n’a plus lieu d’être et, le dimanche, un seul confirmand vient et trois participants habituels au groupe biblique, certains à cause d’un invité surprise, la neige. Nous sommes donc neuf (quatre japonaises, un franco-japonais et quatre français) et pour introduire la messe je lis ces mots que l’amitié m’a apportés de France : « Notre solitude imposée par temps de carême, nous oblige à prendre conscience
que nous ne sommes pas chrétiens pour nous, mais pour les autres, pour le monde. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, lorsque nous communions au corps livré du Christ, nous le faisons pour ceux qui ne sont pas là, car le corps du Seigneur est livré pour la multitude. Alors, désormais confinés, il nous faut croire que nous sommes associés à ce mystère, avec ceux qui peuvent célébrer, car ils célèbrent pour nous ». C’est Anne Lécu, religieuse dominicaine qui a formulé ces phrases. Elle exerce la médecine dans une maison d’arrêt d’Île-de-France depuis 1997. Elle a soutenu, en 2010, à l’université de Paris-Est, une thèse de philosophie pratique sur les soins en prison.

Je crois que la sérénité est plus grande qu’en France, c’est certainement dû à l’habitude japonaise des catastrophes en tout genre. Ici on dit même qu’en 2011, au moment du tsunami, ce sont les Français qui ont paniqué le plus et qui sont partis en masse. D’ailleurs les expatriés ont tendance à prendre les informations concernant la France comme concernant aussi le Japon. Je suis aussi impressionné par les Africains qui relativisent cette épidémie par rapport à celle d’Ebola qu’ils viennent enfin de maîtriser et qui fut autrement plus mortelle et dont on a beaucoup moins parlé.

Le 17 mars, les Irlandais et quelques autres ont fêté Saint Patrick plus discrètement que l’an dernier mais les catholiques du Japon avaient une autre fête, celle de Notre-Dame de la rencontre des Chrétiens cachés, j’ai pris la messe en l’honneur de Marie, mère de l’Eglise. Cette rencontre a eu lieu avec le Père Petitjean MEP, futur évêque de tout le Japon, en 1865 à Nagasaki dans l’église d’Oura.

Vous trouverez ici (Prière_CCFJ_pour_ce_carême_2020_très_particulier) la prière que nous utilisons depuis le 20 mars, solennité de Saint Joseph.

Dans ce désert où des privations nous sont imposées, où notre relation à Dieu se purifie, nous sommes encore plus unis par la prière.

Fraternellement.

Pierre