Qu’est-ce que l’homme ? Éléments d’anthropologie chrétienne

« Voici l’homme » (Jn 19, 5) « Qu’est-ce que l’homme ? » (Ps 8, 5) offre à tout catholique et à toute personne désireuse de découvrir l’essentiel des fondements de l’anthropologie catholique un bref recueil sous-tendu par l’émerveillement du psalmiste face à l’action de Dieu et cet appel à consentir à la vie (cf. introduction p. 15). Sans prétendre à l’exhaustivité, ces éléments d’anthropologie catholique se veulent des outils pour prendre de la hauteur au cœur des débats qui peuvent traverser la société française, notamment à la faveur de la révision des lois de bioéthique.

Sans entrer dans des questions qui pourraient porter à polémiques, cet ouvrage n’évite pas les difficultés. Il entre avec réalisme au cœur des questions que porte l’homme et n’occulte pas les délicats équilibres à trouver aujourd’hui pour que l’homme tienne toute sa place dans notre temps. C’est donc une invitation à la réflexion et à la responsabilité que les évêques suscitent à travers ces lignes.

Père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de la CEF

Préface de Mgr Aupetit : « L’Église a-t-elle quelque chose à dire aux hommes ? »

« Que faut-il dire aux hommes ? » C’est par le titre de Saint-Exupéry dans sa Lettre au général X [1] que je voudrais ouvrir l’ouvrage que les évêques de France proposent à la réflexion de tous. La question en entraîne une autre : « Qu’est-ce que l’homme ? ». Le psalmiste oscille entre le sentiment de l’extrême fragilité de la vie de l’homme et celui de l’émerveillement devant l’inaliénable grandeur de sa vie : « L’homme n’est qu’un souffle, les fils des hommes, un mensonge » [2] ; « Tu l’as fait un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur » [3] L’homme est un mystère de faiblesse et de splendeur, tour à tour misérable esclave et capable de la liberté suprême, celle d’aimer jusqu’au don total de sa vie. Adam n’est que terre, mais il a reçu le souffle de Dieu. En tout homme, fût-il le plus obscur, brille le don d’une âme immortelle.

Une autre question se pose : l’Église a-t-elle quelque chose à dire aux hommes ? On accuse souvent les religions d’être indistinctement facteur de violence. Toute légitimation de la violence au nom de la foi chrétienne est en radicale contradiction avec l’Évangile : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux que Dieu appelle (…) il est puissance de Dieu et sagesse de Dieu » [4]. Le Seigneur a assumé comme prêtre et victime la puissance du Mal et de la mort pour tout vaincre dans la lumière de sa résurrection. Notre foi en Jésus ressuscité est solide, attestée par les apôtres qui ont « vu, entendu et touché » le Verbe de Vie [5]. Elle est
proclamée par le peuple immense des témoins qui ont engagé leur vie par fidélité au Christ, souvent jusqu’à la mort.

Pour qui en reste à un regard extérieur, l’Église apparaît en Occident comme une institution vieillie et secouée de scandales, qui entrave le mythe d’un progrès que l’on invoque sans trop savoir où il mène. Mais l’Église est belle pourtant dans le visage de ses saints, dans l’immense manteau de tendresse qu’elle étend sur le monde, particulièrement sur les plus délaissés des hommes. Elle est « experte en humanité » [6] car sa foi repose sur l’Alliance de Dieu avec son peuple, accomplie dans l’Incarnation du Christ et le Salut par la Croix, ouvert à la multitude des hommes « de toute race, langue, peuple et nation ». [7]

L’oubli de Dieu, l’estompement de la conscience de l’éternité dans le cœur de l’homme entraîne l’effacement de la dignité humaine. Le drame de l’humanisme athée qui a ravagé le XXe siècle a vu, dans des proportions jusqu’alors inégalées dans l’histoire, la mort de l’innocent. La tentation prométhéenne demeure. Elle ne pourra exaucer les hommes dans leur désir d’une vie éternelle. Elle sacrifie les plus fragiles sur l’autel d’une prétendue modernité. Nous proclamons, à temps et à contretemps, la dignité inaliénable de toute vie humaine en ce monde. Jésus, le Fils de Dieu fait homme, est l’amour divin déployé dans la vulnérabilité de la chair. Une société est vraiment humaine quand elle se fait gardienne du plus petit des êtres.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux » [8]. La parole de Camus sur l’homme condamné à rouler éternellement son rocher est celle de l’acceptation de l’absurde. Avec saint Ignace d’Antioche, nous voulons dire une autre parole : « Il y a en moi une eau vive et qui murmure : viens vers le Père ». [9] Laissez-moi simplement vous poser la question : quelle est votre espérance ? Puisse cet ouvrage vous donner de devenir davantage ce que vous êtes en vous ouvrant à « Celui qui est », le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, dont la gloire resplendit sur la Face du Christ.

 

Introduction au document : « qu’il est exaltant d’être humain face aux défis ! »

L’Église catholique tient à proclamer un « grand oui à la vie humaine » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, instruction Dignitas personae, 1). Elle défend le développement de la personne humaine dans toutes ses dimensions. L’Église voudrait redire combien il est exaltant d’être humain face à ces défis. L’Écriture le chante : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur, tu l’établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds » (Ps 8, 5-7).

Aujourd’hui l’homme fait face à de grands défis et à de grandes tentations. Le progrès donne à l’homme des potentialités exaltantes mais crée aussi des menaces inquiétantes. D’une part, il est menacé par la catastrophe écologique, d’autre part certains parlent de le remplacer par un homme augmenté ou même un « post-humain ». Nous nous interrogeons sur sa dignité, sa vocation, son destin dans l’univers. Nous nous effrayons de ses crimes. Beaucoup réclament sans cesse de nouveaux droits qui posent des problèmes redoutables. C’est pourquoi il a été jugé utile de proposer quelques pistes de réflexion sans doute partielles [1] sur ces interrogations concernant la personne humaine, sa beauté, sa dignité, son droit de s’accomplir pleinement.

« Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » (Saint Augustin, Confessions I, i, 1). Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance pour l’unir à lui dans l’Amour qui est la vie éternelle. L’homme n’est pas fait pour se contenter de cette vie-ci, il est appelé à plus grand, en vivant dès maintenant l’amour. Plus radicalement encore, l’homme ne trouve pas sa fin en lui-même, il est appelé à se donner aux autres et à Dieu pour s’accomplir. En l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour (Jean-Paul II, Familiaris consortio, 11). Par cet appel, l’homme est une personne, à la fois intériorité et relation, il se reçoit toujours d’un autre, à commencer par l’Autre par excellence qu’est le Créateur.

Lancée à cette occasion la rubrique anthropologie.catholique.fr est destinée à s’étoffer au fil des semaines offre aux lecteurs la possibilité de prolonger la réflexion en l’enrichissant de multiples manières : par des vidéos, des textes de références, mais aussi des questions afin d’aider ceux qui le souhaitent à échanger et approfondir les thématiques de l’ouvrage.

Pour aller plus loin : https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/anthropologie-catholique/

Prix : 5 € – 78 pages – Pour acheter le livre rendez-vous sur : www.editionsducerf.fr