« Quand j’ai quelque chose à dire aux hommes de l’Eglise, je n’hésite pas »

La place des femmes dans l’Eglise bouge. A l’occasion de la journée des droits des femmes, Marie-Ségolène Boiron, nouvelle membre du conseil épiscopal du diocèse de Valence, témoigne de l’importance du regard féminin dans un monde masculin.

La place des femmes dans l’Eglise a toujours été un sujet délicat. Pour l’Eglise catholique, les femmes ont une dignité égale à celle des hommes. Toutefois l’institution écarte les femmes de tout ministère ordonné (prêtrise et diaconat) ; les femmes ne prêchent presque jamais. L’épitre de Corinthiens a souvent pu faire débat « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi ».

Mais depuis quelques années, les femmes prennent de plus en plus de responsabilités au sein de l’Eglise, à l’image de Nathalie Becquart, ces dernières semaines, qui est devenue la première femme à avoir le droit de vote au synode des évêques, en étant nommée sous-secrétaire du synode, l’assemblée des évêques chargée de délibérer sur les orientations pastorales de l’Eglise catholique.

Dans le diocèse de Valence, également, les femmes ne sont non pas oubliées. Elles sont d’ailleurs majoritaires chez les laïcs en missions ecclésiales, responsables de services diocésains, chancelière ou collaboratrices de l’évêque et du vicaire général. Dans les paroisses de la Drôme aussi les postes salariés et bénévoles sont largement occupés par des femmes. Une large place est donc donnée aux femmes, jusqu’aux fonctions les plus importantes, puisque depuis quelques mois, deux nouvelles femmes ont intégré le conseil épiscopal. Les premières ont commencé à y participer sous l’épiscopat de Mgr Lagleize. Cette structure est un conseil privé de l’évêque, composé de personnes qui l’épaulent, le conseillent, l’aident à discerner sur les décisions pastorales, économiques ou salariales. Ils l’aident à faire avancer ses projets et ses décisions. Pour Marie-Ségolène Boiron, nouvelle arrivée dans cet organe consultatif « c’est une bonne chose d’intégrer des femmes à ce niveau, sans que ce cela devienne une revendication de pouvoir. En tant que femme dans l’Eglise je n’ai pas l’impression de ne pas avoir ma place ou d’être sous-évaluée. Quand j’ai quelque chose à dire aux hommes de l’Eglise, je n’hésite pas, je le dis », confie celle qui exerce depuis quelques années en tant conseillère conjugale indépendante. Impliquée dans la vie de la paroisse St Emilien de Valence, elle intervient en tant que bénévole dans plusieurs volets de la vie de l’Eglise dans la Drôme, pour la préparation aux mariages ou pour l’accompagnement des diacres en formation.

Cette nomination au sein du conseil épiscopal est pour elle une occasion «  d’apporter un regard différent sur les sujets, dans un milieu très masculin. Notamment quand il s’agit de parler des personnes, on peut apporter une approche et un regard autres ». Et de se souvenir « plusieurs angles de vue que j’ai pu apporter ont surpris l’assemblée, ils étaient décalés à leurs habitudes. Mais cela a été apprécié et intégré. Le point de vue du groupe est ainsi élargi et enrichi ».

La participation de Marie-Ségolène Boiron au sein de cette instance permet aussi un éclairage « externe » d’une personne qui n’est pas directement impliquée de manière opérationnelle dans les affaires du diocèse et qui a un regard expert, sur la famille et le couple. Elle est donc naturellement sensible à la question de la place de la femme et d’insister : « La présence de la femme dans la société et dans des postes de direction ou d’influence doit être comparée à l’échelle du couple, où l’homme et la femme arrivent à cohabiter et à se faire grandir et s’enrichir, sans lutte de pouvoir, même si l’équilibre est parfois délicat à trouver ».