Chronique de Mgr Michel : projet de loi bioéthique

Au moment où s’engage le débat parlementaire sur le projet de loi visant à ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux mères célibataires, j’exprime dans cette chronique ma profonde inquiétude pour notre société française.

Dans un texte fort et argumenté, paru en septembre 2018, nous, les évêques de France, avons lancé un appel à reconnaître la dignité de la procréation. Je me permets de rappeler les trois points fondamentaux de ce texte :
– la dignité de personne inclut la procréation;
– la procréation ne doit pas s’apparenter à une fabrication, ni à une marchandisation, ni à une instrumentalisation;
– la procréation ne doit pas être l’objet d’une volonté à tout prix mais le fruit d’un désir d’accueillir.
Et nous en appelions à un accompagnement respectueux des personnes en souffrance d’attente d’enfant.

Bien loin d’une position négative et frileuse, notre contribution à la réflexion met en lumière l’enjeu de fraternité dans les débats de bioéthique.
Dans la même dynamique que le pape François appelant à chercher une écologie intégrale – avec ses aspects environnementaux et anthropologiques – nous invitons à « résister à la fascination des techniques – et à la fascination du marché qui s’en empare – en cultivant l’attention au mystère de la personne et à sa transcendance. » (Numéro 59) Ce qui nous anime, c’est le respect de l’embryon, parabole de notre dignité; c’est le respect de l’enfant à naître qui est fragile et qui a le droit d’avoir un père.
Pourquoi faudrait-il que la loi faite pour penser le bien commun et protéger les plus fragiles, vienne bousculer le socle fondateur du psychisme d’un enfant ? C’est jouer aux apprentis sorciers et comme le dit Mgr Pierre d’Ornellas, « flirter avec le transhumanisme n’augure pas d’un monde fraternel. »

Les repères donnés par la communauté internationale invitent à respecter l’intérêt supérieur de l’enfant. L’académie de médecine vient de rendre un avis, consultatif mais important, invitant à mesurer tous les risques que l’on fait courir a un enfant avec cette rupture et ce bricolage de la filiation.

Avec beaucoup d’autres, je m’inquiète de cet aveuglement devant le bon sens et je garde espoir que nos députés et sénateurs auront un sursaut de conscience et de sagesse. Exprimons-nous, partageons leur notre conviction que ce virage est dangereux, en écrivant, en manifestant ou par tout autre moyen pacifique. En disant nos inquiétudes, faisons sentir notre oui à la beauté de l’union conjugale, notre oui aux enfants que nous accueillons comme un don, notre oui à la science et à la technique pour mieux comprendre et soigner l’homme, notre oui à la compassion et a un monde plus fraternel… tous ces « oui » qui nous conduisent à dire « non » à la procréation artificielle.

Pierre-Yves MICHEL

Lire les fiches proposées par le groupe de travail Bioéthique de la Conférence des évêques de France sur le sujet : https://valence.cef.fr/actualites/elementor-10964/